6 avril 2008 par Nical
Le monde entier reconnaît aujourd’hui l’oeuvre de Jean-Sébastien Bach comme l’une des plus prolixes de tous les temps.
Le poids que sa musique a pesé sur celles qui ont suivi est simplement inquantifiable.
Aussi, est-il juste de revenir sur celui qui volait à côté de Dieu. Ecce homo.
S’il fallait un seul mot pour décrire la vie et l’oeuvre de Jean-Sébastien Bach, beaucoup nous viendraient en tête ; tous élogieux évidemment.
Pourtant, certains traits de caractère, à la lumière des événements que l’on peut connaître de sa vie musicale et/ou sociale, ressortent plus que d’autres.
D’une manière générale, on peut parler chez lui de robustesse. L’homme était costaud, et sa musique emboîtait le pas. Ne fallait-il pas l’être, de toute manière, pour parcourir quatre-cent kilomètre à pieds dans le seul but de rencontrer son contemporain Buxtehude ?
A coup sûr, Marathon lui-même s’en serait coupé les pieds !
Ne réduisons pourtant pas la vie et l’oeuvre de Jean-Sébastien Bach à cet exemple spectaculaire et à cette définition sans doute trop empirique de "robustesse". Cela serait bien sûr trop réducteur, trop vil, trop exagéré. Aucun mot ne résume le génie. Concrètement, quel portrait dresser de celui qui est considéré de manière générale comme le "père de la musique occidentale" ?
Commençons déjà par nuancer cette dernière affirmation, la tenir pour véridique n’ est pas correct.
Pourtant, l’ oeuvre de Jean-Sébastien Bach a tellement marqué, son travail fut si extraordinaire, qu’il influença de manière indéniable tout compositeur qui naquit après lui.
Mozart, Beethoven, Liszt, … Tous reconnurent en lui l’ expression du génie aux oeuvres inaltérables, une source intarissable d’inspiration et de reconnaissance.
Ce n’ est pas sans difficulté qu’il va de parler d’un tel homme, qui semble dépasser, au travers de son oeuvre, tout entendement humain, toute logique, tout commentaire aussi grâcieux fût-il.
Certains événements parvenus jusqu’à nous aujourd’hui permettent cependant d’affirmer que ses contemporains voyaient les choses bien différemment.
Pensons qu’à sa mort, il tomba dans l’oubli aussi vite qu’on le mit en terre, emportant avec lui ses secrets et ses compositions.
Pensons également qu’à son époque, alors qu’il fût pris comme cantor de l’église luthérienne de Saint-Thomas à Leipzig, ses commanditaires ne l’engagèrent qu’après avoir essuyé le refus du grand George Philipp Telemann, ce qui fit remarquer à ceux-ci que "puisqu’[ils] ne [pouvaient] avoir le meilleur, [ils] se [contenteraient] d’un passable." Il n’était alors considéré que comme un artiste de second rang.
Pour ajouter à cette idée, il faut noter que son époque fut abondante de grands esprits de la musique classique.
Il est l’exact contemporain du grand Haendel. En France, Couperin et De Grigny font les bonheurs de la Cour et marquent indubitablement leur siècle. Et en Allemagne, comme on l’a vu, si Buxtehude et son Abendmusik ne sont pas en reste, Telemann remporte tous les suffrages.
De toute façon, le caractère de Jean-Sébastien Bach allait forcément de pair avec une vie (et donc une oeuvre) moins "exposée" que certains de ses contemporains : à l’inverse d’Haendel, il ne se déplaçait que très peu et jamais loin. Il ne fit jamais de grands voyages comme allait en faire Mozart.
De son vivant, il ne vit qu’une seule fois ses oeuvres éditées (à ses frais), la cantate BWV 71. Il ne cherchait aucunement la gloire, à l’exception de celle de Dieu, en très grand chrétien qu’il était.
A côté de cela, sa vie pourrait également passer pour rocambolesque : encore jeune, on lui reproche de profiter des sermons pour se réfugier dans la cave à vin, ou même d’être trop virtuose dans ses accompagnements religieux, ce qui détournait selon les têtes bien pensantes de l’Eglise le pêcheur du dimanche de la "vérité divine".
Inutile, quant à son oeuvre, d’en dire plus.
Toutes ses compositions sont chef-d’oeuvre, sans différence de mâturité. Comprenez : il composait aussi bien à 20 ans qu’à 40.
Il maîtrisait la facture des instruments, la manière de jouer de ceux-ci, la direction d’ensembles, …
Au-delà de ses grandes oeuvres pour orgue, au-delà de ses variations Goldberg que jouait si bien Glenn Gould, au-delà de tout ça, eh bien il faut retenir que Jean-Sébastien Bach jouait et composait avec son coeur et sa tête.
C’est, certainement, avant sa géniale technique du contrepoint, avant sa science de l’harmonie, grâce à cela que sa musique est pure comme cristal, grande comme l’Univers.
A son écoute, on entend comme un souffle de vie. Les arbres respirent, le soleil explose.
La profondeur de chacune des notes d’ une seule de ses cantates nous amène sur Mars, en haut de l’Everest, ou dans les affres les plus profondes du monde chtonien.
Il nous fait nous sentir comme redevables envers lui, et bien plus encore. Au travers de sa musique, tout nous revient.
Memento mori !
On se sent faible, on se sent fort, heureux et béat comme Saint-François, inéluctablement lié à la fatalité, ou autre chose. On contemple alors, soudainement, la nature même de notre monde différemment. Un quelconque arum vous semble magnifique, les cytises sont plus belles que jamais, et jamais, jamais après avoir écouté la célébrissime Toccata et Fugue en Ré Mineur, un dahlia ne vous paraîtra aussi brillant. Une musique magnifique au-delà de tout entendement.
"A la seule gloire de Dieu", comme il signait souvent ses oeuvres.
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