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Amen… Max Roach

16 mai 2008 par Nical

Il y a quelques mois disparaissait Max Roach, l’un des plus grands batteurs de l’Histoire.
Habitué des studios comme de la scène, ce rythmicien hors pair aura marqué de sa griffe, la toile jazz de ces dernières décennies.
Virtuosité, musicalité : tout chez lui nous oblige à un dernier coup de projecteur sur l’homme qu’il était.

A l’inverse de Chick Webb, autre grand batteur, Max Roach était une force de la nature. Cela se ressentait à l’évidence dans sa musique : ses solis d’une intense pureté et particulièrement musicaux poussaient l’auditeur, par leur complexité, à un épuisement presque physique.
Superpositions de rythmes et de phrasés, jonglages incroyables avec les timbres de son instrument : tout y passait !

Une force qu’il a su mettre à profit pour défendre une cause sans doute aussi importante que la musique pour lui : celle de la communauté noire. Inutile d’évoquer la liste des musiciens avec lesquels il collabora : si celle-ci se devait d’être exhaustive, elle contiendrait tout simplement une interminable liste de noms ayant tous joués un rôle primordial dans l’élaboration du jazz de la seconde moitié du vingtième siècle.
Quelques-uns parmi d’autres retiennent pourtant l’attention : Miles Davis, Charlie Parker, Kenny Clarke, Sonny Rollins, Dizzy Gillespie, Duke Ellington, …, …, mais aussi Charles Mingus, Oscar Pettiford, Coleman Hawkins, Freddie Hubbard… On n’en finit pas et on n’en revient pa s !

Il faut dire que tous le réclamaient, et à juste titre : cette frappe (étonnemment claire !) qu’il possédait, cet art de la batterie qu’il a développé jusqu’ à l’excellence, ce jeu tonique et toujours lisible, quel musicien n’en aurait pas voulu ?

Sa discographie est jalonnée de pièces maîtresses à l’indéniable qualité : en 1945, il enregistre avec Parker, Gillespie et Davis les célébrissimes Billie’s Bounce et Now’s the Time.
Plus tard, il enregistre sous son nom le superbe Jazz in 3/4 Time (1956).
Auparavant, il avait également participé à l’ébauche du jazz cool de Miles Davis (1949). Le batteur fait preuve d’une incroyable prolixité. Il se produit, enregistre, crée, collabore, …

Dans le contexte d’une Amérique encore profondément raciste, il évolue comme d’autres musiciens noirs, et en réaction à la ségrégation à peine voilée de l’époque réunit dès 1960 Coleman Hawkins, Booker Little et Oscar Brown pour l’élaboration volontairement politique, évidemment, de We Insist, Freedom Now Suite.
Encore une fois, un grand moment de jazz.

Le projet se poursuivra l’année d’après avec It’s Time, musicalement d’un moindre degré d’impact semble-t-il. Mais le fond reste le même. Rebelle contre un système en implosion, Roach persiste et signe en conférant à son art une portée politique profonde, qui lui semble de plus en plus indispensable pour sans doute se sentir entier non pas en tant que musicien, mais en tant qu’homme.

D’un point de vue uniquement musical, Roach avait tenté, quelques années auparavant, des sessions avec quatuors à cordes. Il devenait alors peu à peu, à cette époque, l’un de ces musiciens (qui se faisaient de plus en plus rare) qui ne se répétait pas et n’avait pas fini "d’explorer" au sens large du terme.
Il rejoint d’ailleurs Miles Davis sur ce dernier point.

Au-delà de tout ça, acheter un disque de Max Roach ne sera jamais une perte, bien au contraire.

Il est le musicien idéal à écouter pour toute personne désirant découvrir le jazz par ses côtés les moins abrupts et conduisant aux sommets les plus hauts.
Désormais absent à jamais, il n’en deviendra pour autant jamais muet. Sa musique résonne au travers d’une époque. On peut même en arriver parfois à se demander si ce n’est pas quelque part toute une époque qui résonne en elle.
Pour toujours et à jamais, Max Roach reste dès lors immortel et inimitable.


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