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Bertrand Pierre, l’amoureux de Victor Hugo

23 septembre 2008 par Nical Digg Del.icio.us Facebook Google Technorati Live MySpace Scoopeo Wikio Furl Blogmarks Reddit Mister wong Viadeo

C’est au cloître des Billettes qu’il nous était donné ce dimanche d’entendre les belles chansons de Bertrand Pierre, réalisées à partir de poèmes amoureux de Victor Hugo. A l’occasion des journées du patrimoine, l’ex-membre du groupe Pow-Wow donnait donc un concert, avant de partir en tournée en France et à l’étranger, pour présenter son nouvel album aux contours intimistes, Autre Chose.
Rencontre avec l’homme qui chante en vers et contre l’oubli d’un génie.

Une terrasse de café, une bière et de la bonne humeur... il ne manquait plus que le saucisson !

Le cas échéant, j’ai eu droit à une entrevue fournie en rires, échanges et réflexions... et mine de rien, ça nourrit aussi son homme.
Bertrand Pierre en face de moi sourit, il a le sentiment du devoir accompli. Le sien. Parler d’Hugo en reprenant ses vers en chanson, partager avec les gens, et offrir une belle tranche de souvenirs au public qui a été très attentif.
L’homme a la cinquantaine bien portante ; accompagné de musiciens de talent, il a montré dans le superbe cloître des Billettes qu’il était largement capable de faire autre chose que du doo-wop.
Compte-rendu de l’entretien avec un homme attachant, affublé d’une sensibilité artistique devenue peut-être trop rare.

Zétudiants : Bertrand Pierre... Alors, ce concert ?

Bertrand Pierre : Je suis satisfait, pour une première.
Le public était présent, et quel bonheur de jouer dans ce cadre... et à l’occasion des journées du patrimoine !
Le feeling avec mes deux camarades était bon, et même si nous jouions sans retour, le résultat est positif pour la suite, la tournée. Mais encore une fois, quelle chance de jouer dans de si beaux endroits ! Développer ce genre d’expériences me tient vraiment à coeur.

Un concert à l’occasion des journées du patrimoine...
On connaît plus Hugo pour ses engagements politiques que pour son romantisme. En quoi cet aspect du personnage t’as-t-il plus attiré qu’un autre romantique, comme Musset ou Lamartine ?

Franchement ? Le hasard, tout simplement !
Sérieusement, tout ça n’a pas été prémédité, réfléchi. J’adore adapter des poèmes depuis un moment, et je suis tombé dans Victor Hugo non pas parce que c’est Hugo, mais parce que c’est un homme qui me parle... et je veux qu’il parle aux autres aussi ! J’ai commencé à faire 3 ou 4 chansons, puis sentant que je tenais quelque chose, j’ai « post-rationnalisé » ce concept de reprendre Hugo qui m’était venu naturellement, « à l’instinct » ; en me disant que l’idée était intéressante. J’ai creusé, creusé... et j’ai trouvé un album !
L’amour avec ses écrits a été immédiat pour moi, c’est un projet qui me tient énormément à coeur. Hugo, c’est un patrimoine à lui tout seul !

On sait qu’Hugo n’a jamais été opposé à la mise en musique de ses poèmes, preuve en sont les nombreuses oeuvres composées à son égard par Verdi, Donizetti, ou encore son ami Franz Liszt... Comment est-ce qu’on aborde un projet aussi ambitieux ?

En fait, pour moi, ce n’est pas ambitieux en ce sens que je ne m’attaque pas à Hugo, le génie, mais à Hugo, l’homme. C’est comme ça que je le vois, un simple témoignage d’un homme parmi tant d’autres qui a lui aussi aimé, subi,... Donc, de ce côté là, ce n’est pas « ambitieux ». Ca peut l’être si je me dis que Liszt, ou Verdi l’ont déjà fait, mais je ne me mets pas en concurrence avec eux. Ils ont adapté Hugo à une époque donnée, dans leur style... et moi, aujourd’hui, je porte le message d’Hugo dans le mien. Au fond, tout ça me paraît simple. Evident. Comme l’a écrit Victor Hugo (et c’est de là que vient le nom de mon album), « Je ne vois pas pourquoi je ferais autre chose ». Je recherche surtout à donner du plaisir aux gens, à m’en procurer aussi, sur la base de l’échange, et de textes d’un des plus grands auteurs (je ne perds pas de vue cette réalité non plus, mais elle ne m’obsède pas).

Dans ton clip « Si Vous n’avez Rien à me Dire », disponible sur ton site (http://www.bertrandpierre.com/), on te voit dans un clip très « dénudé », pour une chanson elle-même très épurée. Une sorte de renaissance, une manière de se présenter sous un nouveau jour ?

Le clip s’est fait grâce à Fred, le réalisateur, qui a fait du super boulot. En discussion avec lui, mais aussi sans trop y réfléchir, on s’est laissé porter par l’ambience de l’endroit (un superbe domaine, ndlr), sans perdre de de vue que l’image ne devait pas prendre le pas sur le texte. C’est lui qui doit rester au centre de la chose, être mis en avant. D’où un clip très épuré... et une instrumentation elle-même à fleur de peau. Ce qui colle bien au texte en plus. Il y a même un côté un peu « surréaliste », intemporel.

D’une manière plus générale, es-tu de ces artistes qui aiment avoir la main-mise sur ce qu’ils font, de l’écriture à la promotion ?

Avant tout, je prends du temps. C’est capital pour moi, pour que je me sente bien, et que je puisse évoluer sereinement. Avec les musiciens, on bosse main dans la main, jusqu’à un certain point. Je les laisse évoluer dans l’idée du projet, puis dès que je sens qu’ils se l’approprient, là j’interviens. Je prends des idées, en garde d’autres, on discute. On se fait notre tambouille, quoi... mais avec ma patte à moi dessus, c’est normal. Sinon, je n’ai jamais d’idées préconçues, je n’ai jamais fonctionné comme ça. Avant tout, j’insiste : je recherche le plaisir, le partage. Au final, c’est donc un processus long, comme je le disais, mais il m’est nécessaire. Pour le reste, je fais confiance là aussi, même si évidemment je tiens à être présent pour les mixages, etc...

Pow-Wow, Enzo Enzo... Quel regard le Bertrand Pierre solo porte-t-il sur une période si faste, tant d’années après ?

Je me demande parfois si j’ai vraiment vécu tout ça, j’ai comme l’impression d’une lointaine vie antérieure... Je te jure ! Comme si j’étais parti 7 ans au Tibet, et que j’avais fini par avoir le « mal du pays ». J’avais besoin de me retrouver après une expérience comme celle-ci, très éprouvante sur tous les plans. On n’imagine pas ce que c’est de faire des tournées sans cesse, la pression des majors,... c’est lessivant ! Mais quand on fait ce qu’on aime... Et puis, le succès, c’est formidable. J’ai appris à connaître des gens aux horizons différents, ce qui faisait notre force. Je ne les ai pas rejoint (Pow-Wow s ’est reformé en 2005, ndlr) pour des raisons de divergence, mais je leur souhaite bonne chance à tous.

T’es-tu senti catalogué par la suite ?

Bien sûr. Les majors m’ont fermé la porte, parce qu’ils voulaient que je leur chante du doo-wop, mais pour moi ce n’était plus d’actualité. Dans ce milieu, on te budgétise. On prévoit que tu vas faire 600 000 ventes, et si t’en fais que 300 000, les rapports changent, je te le garantis ! Aujourd’hui, j’ai mon label et c’est très bien.

Pour en revenir à ton dernier album, as-tu eu des critiques (facilités,...) ?

Tu sais quoi ? Tout le monde m’a dit « Arrête ! » Mais vu que j’ai toujours tout fait à l’envers, ben j’ai continué. Je me suis pas mal enfermé pour ce travail, j’ai même fait 5 versions de l’album ! Mes proches ne voyaient pas ou j’allais... et moi non plus ! Même si on me disais que la poésie faisait chier les gens, j’ai choisi de continuer, je sentais la bonne idée. Aujourd’hui, je vais même dans des classes en difficulté pour leur faire découvrir Hugo, et ça me plaît beaucoup.

Un conseil pour les jeunes musiciens ?

Au Moyen-Age, pour être troubadour, il fallait savoir chanter, jouer, faire du cirque ou jongler.

Une dernière question... Pourquoi des ballons blancs dans le clip « Si Vous n’avez Rien à me Dire » ?

(rires) C’est un peu le côté « après la fête », comme si tu rentrais dans une salle après une soirée, avec des confettis par terre, des débris partout.... Une sorte de réminescence du passé, en gros.

« Autre Chose », l’album de Bertrand Pierre, d’après des textes de Victor Hugo


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