15 juillet 2008 par Draikhin
Curieux monocle ! Ne vaut-il pas mieux parfois avoir un oeil que deux ?
On est bien heureux de l’avoir, cet oeil, quand il s’agit d’observer une oeuvre aussi imposante que la "Déploration sur le Christ mort" de Guido Mazzoni.
L’artiste de Modène n’est même pas âgé de trente ans lorsqu’il débute la réalisation, en 1477, de cette oeuvre grandeur nature ( !) en terre cuite.
Il évolue alors dans le contexte artistique ardu du 15ème siècle, où, en réaction à l’art du Moyen-Age, le ton de l’Eglise se durcit quant aux représentations de figures divines ou saintes dans l’art en général.
De fait, les moines durcissent eux aussi les règles de leurs ordres (c’est l’époque de Savonarole !), et de ce courant dominant découle une époque de représentation religieuse placée sous le joug d’une grande surveillance, guidée par l’édiction de principes moraux très stricts.
Il n’importe, d’un point de vue purement artistique, cette "Déploration sur le Christ mort" est un vrai chef-d’oeuvre.
D’un réalisme très déconcertant, elle rappelle ces troupes de comédiens qui sillonnent alors l’Europe, et ce n’est pas un hasard.
Le but premier du travail de Mazzoni est avant tout didactique : il faut que le message soit clair pour le pêcheur qui vient prier dans l’église.
Cette même fonction est ainsi à reconnaître également aux troupes de comédiens, mais aussi à tout tympan de cathédrale, à tout prédicateur également : il faut éduquer le peuple en immense partie illettré, et l’éduquer dans le "bon sens", bien sûr.
Concentrons-nous à présent sur l’oeuvre : observez ces drapés, qui attestent d’une grande maîtrise de l’auteur ; et que dire de l’expression des visages ? Ici, tout confine au dramatisme le plus extravaguant. L’expression éplorée des personnages crispés de douleur nous font entrevoir un chagrin tellement immense qu’il en devient sensation physique : le message n’en devient dès lors que plus clair, il faut admirer le Christ qui s’est sacrifié pour l’Homme, et le prendre avant même qu’en exemple, en admiration.
Le travail réalisé sur les mains est absolument remarquable et confine à une recherche de la perfection quasiment atteinte.
Chaque détail est soigné, chaque ride d’expression attentivement modelé, pour donner à l’observateur du dimanche l’impression du réalisme le plus prenant.
Saisissant, émouvant, profondément renversant : Mazzoni a su capter l’instantané d’une situation bien particulière et très importante dans la symbolique chrétienne, la mort du Fils de Dieu : entre les lignes, l’oeuvre renvoie le pêcheur à observer l’attente du Jugement Dernier dans la prière, pour que dans l’accomplissement de l’eschatologie chrétienne la Parousie apparaîsse comme un moyen de rédemption et non pas de condamnation.
"La Déploration sur le Christ mort" en devient dès lors, bien plus qu’une oeuvre d’art, le témoignage d’une époque révolue à jamais. Elle traverse le temps et arrive jusqu’à nous, se donne à notre regard et force notre admiration. Elle rend à Guido Mazzoni une place de premier rang dans l’Histoire de l’Art, lui dont l’oeuvre fût parfois éludée selon les préférences et références des époques qui pourtant ne sont jamais parvenues à nous le faire oublier.
Le mois prochain, un autre chef-d’oeuvre, un autre regard. Le monocle, lui, sera toujours aussi curieux !
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Draikhin
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"Déploration sur le Christ mort" de Guido MazzoniSalut Nical, Une nouvelle rubrique culturelle ? Pourrais-tu nous en parler ? Voir même nous accorder un petit article d’introduction au Monocle Continue comme ça, c’est un plaisir. @+
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Nical |
"Déploration sur le Christ mort" de Guido MazzoniParler du monocle… Il voit tout !Il est, tout simplement ! Non, sérieusement, le but premier est d’ intéresser un public quelconque (donc absolument n’ importe qui, et évidemment ceux qui s’ y connaissent le moins sont les plus bienvenus !) à l’ art en général, dans une approche ludique et constructive à la fois…Parler avec le coeur quoi ! En espérant vous voir de plus en plus nombreux sur mes pages… Le Nical
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