23 novembre 2006 par Carmilla | Promouvoir cet article

Le cinéaste qui convertit Romy Schneider en banquière scandaleuse et Daniel Auteuil en assassin romantique symbolique dans Lacenaire, s’est éteint le week-end dernier des suites d’un malaise cardiaque.
Homme-orchestre du cinéma français, tour à tour réalisateur, producteur, scénariste et acteur, Francis Girod anticipe très tôt sa vision humaniste de la vie et de la société sans concession. Né en 1944 en Indre et Loire, il déménage à Bruxelles après le divorce de ses parents, où il développe un anticonformisme dès son plus jeune âge dans les ciné-clubs de la capitale belge. A douze ans, il s’essaie modestement au métier d’acteur « avec le rôle de l’élève Tronche-Bobine » au Théâtre du Parc à Bruxelles, où il devient « cinéphage ». Mais ses ambitions sont d’une toute autre envergure. C’est en 1958 qu’il découvre Citizen Kane et décide de devenir réalisateur. Il quitte donc la Belgique pour s’installer à Paris, où il s’inscrit au Cours Simon et suit des cours de journalisme. C’est derrière le petit écran de l’ORTF et dans les colonnes du Nouvel Observateur qu’il débute sa courte carrière journalistique (1964-1966). Mais le cinéma le poursuit et le démange. C’est au gré de rencontres fortuites et chanceuses que le septième art lui ouvre enfin ses portes. Devenu stagiaire sur le tournage du film Les Culottes rouges d’Alex Joffé, il rencontre trois parrains d’exception : le producteur Robert Dorfmann et les acteurs Laurent Terzieff et Bourvil. Ces derniers lui donneront un coup de pouce pour être assistant réalisateur auprès de monstres sacrés aux antipodes, tels que l’acerbe Mocky et l’hédoniste Vadim.
« L’éveilleur du cinéma français »
Auteur et scénariste de la plupart de ses films, Francis Girod convainc la sublime Romy Schneider d’abandonner sa tendre image de princesse pour se lancer dans un rôle moins sage dans son premier long métrage Trio infernal (1974), aux côtés de Michel Piccoli. Réalisé en hommage aux Diaboliques d’Henri-Georges Clouzot (son réalisateur fétiche au même titre que Julien Duvivier), il connut un succès immédiat grâce à sa liberté de ton inhabituelle. Il renoue régulièrement son partenariat avec l’actrice allemande, avec qui il triomphera dans La Banquière en 1980. « Ce métier de cinéaste, plus on l’exerce, plus on l’aime », confit-il en 2003. Cet épicurien passionné ne se refuse aucune limite et joue de sa réputation de réalisateur controversé. En lutte perpétuelle contre l’injustice sous toutes ses formes, il ne se contente jamais d’être tiède dans ses propos. Engagé, Francis Girod se déclare « militant actif du combat pour défendre l’identité du cinéma européen ». Visionnaire, son œuvre révèlera la complexité humaine. Charles Berling dit de lui qu’« il fait partie de cette génération où l’humanité prime ». Il aborde volontiers des sujets de société, allant jusqu’à piquer au vif les hautes sphères politiques. Dans Le Bon plaisir (1983), il revisite l’épisode de l’enfant illégitime avec un Jean Louis Trintignant, troublant dans sa ressemblance avec François Mitterrand. En personnage « chatoyant, brillant et curieux », selon l’acteur, et un rien provocateur, il demande à Claude Brasseur et Sophie Marceau (père et fille dans La Boum) de devenir les amants terribles dans La Descente aux enfers. Son denier film Un Ami parfait est sorti dans les salles au mois d’avril dernier. Au côté de Carole Bouquet, Antoine de Caunes incarnait un journaliste frappé d’amnésie.
« Engagé dans son art comme dans la vie de la cité »
Le grand écran n’était pas sa seule cour de jeu. Francis Girod a aussi beaucoup travaillé pour la télévision, notamment de nombreux films publicitaires et des documentaires sur les plus grands cinéastes ayant suscité l’enthousiasme de la critique. Depuis début novembre, il tournait son dernier projet, Notable donc coupable, un téléfilm sur l’affaire Alègre pour France 2. « Francis avait épousé ce scénario qui s’inspire de cette affaire et voulait dénoncer le problème de l’injustice et de l’emballement médiatique », explique le producteur et ami de Francis Girod.
Parallèlement à la réalisation, son pragmatisme et son engagement dans le monde du cinéma le poussent à occuper une place prépondérante dans la Société des réalisateurs de films, puis à la Cinémathèque française et enfin au Comité de sélection d’Arte France Cinéma. Jacques Chirac dit de lui qu’« il promenait sur le monde un regard singulier, où l’acuité et l’ironie s’alliaient à la sensibilité et l’émotion et à une certaine férocité ». Un regard qui continuera longtemps à scruter la société à travers ses œuvres.
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