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Entre résilience et résonance. A l’écoute des émotions. Boris Cyrulnik – Mony Elkaïm

12 mai 2009 par Julie Digg Del.icio.us Facebook Google Technorati Live MySpace Scoopeo Wikio Furl Blogmarks Reddit Mister wong Viadeo

Retranscription des conférences qui ont eu lieu à Lille, en octobre 2003 (ou 2008 ? petite coquille de l’éditeur...), lors d’un colloque organisé par l’institut Psycom, ce livre expose les interventions de « grands » thérapeutes familiaux d’orientation systémique, dont les célèbres Boris Cyrulnik et Guy Ausloss. Il s’adresse aux étudiants comme aux professionnels qui sont engagés dans une relation d’écoute. L’objet de ce colloque fut d’articuler différents concepts théoriques pour évoquer une pratique clinique de thérapeute familial reconnue par les auteurs comme innovante. Les concepts : résilience, résonnance, tuteur de résilience, compétence et tiers pesant.

Tout d’abord, je découvre la collection Psychothérapies créatives, dirigée par Jean-Paul Mugnier, qui « s’attache à la question de l’interactivité [créatrice] entre thérapeutes, patients, familles ». Tiens, me dis-je, ce peut-être intéressant. « Si la psychothérapie est l’art de la relation qui mène à la réduction de la souffrance, il y a lieu de faire une large place à la réflexion sur les « outils » de cet art ». Aïe... ça se complique. Déjà ça me titille. « Réduction de la souffrance » ? Mmouais, ça peut-être une façon d’exprimer les choses.
Imaginons la scène : « Docteur, j’ai un problème avec mon enfant. C’est pourquoi, je viens vous consulter. » « Très bien » réponds le thérapeute, « y a plus qu’à amputer ». Bon, je ne m’arrête pas là. Faudrait lire d’autres ouvrages de cette collection. Gardons l’esprit ouvert.

Michel Maestre débute l’ouvrage. Il a organisé le colloque et la publication de ce livre. Puis Mony Elkaïm prend le relais théorique mais aussi pratique puisqu’il anime une simulation d’un premier entretien de thérapie familiale ponctuée d’échanges réflexifs avec le public. Une belle illustration qui en dit bien plus que les trop nombreux exemples simplistes - cas d’école - de problématiques de couple qui jalonnent ses propos.

Après de succincts rappels sur les théories systémiques, ils introduisent les deux concepts clés, résilience et résonnance , qu’ils tentent d’expliciter, là encore succinctement, puis d’articuler comme le souligne le titre de l’ouvrage. Pour faire simple, le thérapeute familial doit être à l’écoute des émotions qui émergent en lui au cours d’un travail avec une famille ou un couple. Il n’a pas à « neutraliser » ses émotions mais plutôt à interroger la fonction de leur émergence dans la relation thérapeutique instaurée. C’est marrant, ça me rappelle vaguement quelque chose que Freud nommait le contre-transfert... Pourtant les auteurs précisent bien que ce n’est pas la même chose et que l’analyse de la résonance est bien un concept systémique : quelle est la fonction et l’utilité que ce comportement (ah... ce ne sont plus les émotions ?) qui émerge en moi dans le système constitué avec les autres. Moi, je vois toujours pas la différence... Cette réflexion « auto-centrée » doit permettre de repérer les systèmes relationnels construits par les personnes, leurs croyances, afin de créer un facteur de changement par rapport à cette « construction du monde » qui les fait souffrir. « L’analyse de la résonnance comme facteur de changement », voilà exactement la formulation. Ainsi le thérapeute peut se constituer comme «  tuteur de résilience  », mais d’autres peuvent l’être aussi sans le savoir (?), et offrir les outils aux personnes pour dépasser les souffrances actuelles et faire face, seules, aux douleurs à venir. Encore mieux que l’homéopathie.

Boris Cyrulnik, fidèle à lui-même, développe plus précisément autour de « l’acquisition des ressources internes » et « le problème de la transmission du secret ». Suivi de Guy Ausloss qui fait le lien avec la notion de compétence qu’il importe d’accorder aux familles pour favoriser un changement. Termine Edith Goldbeter-Merinffeld avec son concept de «  tiers-pesant  », qui si j’ai bien compris serait tuteur de résilience et aurait donc un poids dans l’évolution favorable (c’est-à-dire vers le bonheur, entendons-nous bien...) du patient. Un petite conclusion de Michel Maestre, et je referme le livre avec un goût amer de supercherie. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Ce que j’ai apprécié dans l’ouvrage : la retranscription du colloque inclut les questions du public, les tables rondes et la simulation d’un premier entretien de thérapie familiale. Les premières permettent de confronter les points de vue des différents professionnels présents dans la salle, donc de mettre un peu de relief, et de préciser certains réflexions abordées par l’intervenant. La mise en scène illustre la « technique » du thérapeute familial en action, entrecoupé de temps d’échange et d’analyse avec le public. Quelques « outils » présentées peuvent être effectivement support de réflexion pour la pratique clinique avec les familles.

Ce que je n’ai pas apprécié dans l’ouvrage : l’abord superflu des théories systémiques, la confusion qui règne au fil des pages entre une conception positiviste de la vie et de la souffrance humaine et une approche scientifique de la clinique thérapeutique et l’absence d’approfondissement que ce soit théorique ou pratique.

En tant que psychologue clinicienne, certes d’orientation psychanalytique, à part quelques phrases qui ont suscité un brin de réflexion sur ma pratique, je ne retire rien d’enrichissant cliniquement parlant. J’ai été déçue par la « vulgarisation », peut-être volontaire car adressé à un large public, des propos avancés. Je ne sais pas dans quel contexte et avec quels objectifs a été organisé ce colloque. Ce livre est intéressant comme première approche pour étudiant en psychologie ou futur travailleur social. Pour les professionnels, c’est un peu léger.

J’attends vos commentaires...

  • ISBN : 978-2-84922-057-3
  • FORMAT : 155 x 240
  • 130 pages
  • Prix public : 18 €

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