1er août 2008 par Draikhin | Promouvoir cet article
Couverture tendance, thème banal, l’écriture rappelle celle d’un blog... Les a priori surgissent et j’en fais l’inventaire. Autant vous le dire maintenant : pas de surprise, il s’agit d’un recueil de « stéréotype-banal-kitch » contemporain des figures et relations hommes-femmes dans la société française (voire parisienne).
L’auteure nous livre un concentré du discours imaginaire dans lequel nous baignons. Armez vous de votre pensée critique ...
A la lecture de ce « livre » - enfin de ce mode d’emploi au format « livre » - je me demande où sont passées les différences. Vous savez celles qui font la singularité de chacun, notre pluralité ?
Chaque homme (être dénué d’intelligence, sale, inutile, ...) est invité à lire « Femmes mode d’emploi » afin de comprendre ce qu’est une femme et comment devenir le prince charmant. Ce dernier est un personnage imaginaire, beau, fort, courageux et souvent riche. Il n’a d’yeux que pour la princesse qu’il doit délivrer. Bref... une figure inventée autrefois pour mieux faire passer la pilule des mariages catholiques arrangés. On nage en plein idéal.
En préambule, on a le droit à quelques généralités (je m’en méfie toujours ayant la désagréable impression d’un réductionnisme arrangeant pour l’auteure) sur « ce-qu’est-une-femme » et « comment-doit-etre-un-homme ». Pour répondre à cette question, Deborah Helpert nous donne son mode d’alimentation, son look, ses crèmes (avec un dictionnaire), un cours sur la pilosité, la liste des choses à faire et à ne pas faire, etc. Finalement, les réponses données se contentent d’aborder en superficie les apparats. A d’autres époques, les femmes étaient des femmes, les hommes des hommes, pourtant ils ne s’habillaient pas de la même manière, ne mangeaient pas de la même manière. C’est un petit peu pauvre comme abord et très économique quant à la réflexion.
C’est un mode d’emploi et c’est intrinsèque au mode d’emploi que de fermer le discours, d’enfermer le lecteur dans une voie unique et finie.
Je pense à toutes les femmes qui chaque matin se répètent « je suis moche, je ne vaux rien... » car elles sont prisonnière de cet idéal féminin inaccessible, incompatible avec notre condition humaine. Je pense à ces hommes qui attendent que leur soit dévoilée LA vérité sur les femmes, la recette à appliquer à la lettre pour les séduire à coup sûr, sans ratage.
Qu’est-ce qui fait relation ? La question reste ouverte (heureusement). « Femmes mode d’emploi » tente de fermer cette question en s’appuyant sur la modalité consumériste. J’ose espérer qu’il reste autre chose que le régime alimentaire, les produits cosmétiques, la pilosité, les sex-toys ou encore la définition d’aspirateur comme garant du couple, qui viennent faire lien entre un homme et une femme.
Rien est dit sur l’irréductible mystère de la rencontre. Ah si ! Quelques références stéréotypées à la religion et à la science de moins d’une page.
L’amour est pris dans son acception du « même » et du « tout » : deux être pareil qui s’unissent pour ne faire qu’un. Encore une fois, la différence est bien vite niée. Difficile de le reprocher à Deborah Helpert qui ne peut qu’appliquer cette opération inhérente du discours dans lequel elle est prise sans aucun détachement.
Cet ouvrage est extrêmement représentatif de la pauvreté des échanges relationnels dans lesquels on est chacun invité, ne devant surtout pas aborder les questions de fond. Magazine, publicité, télévision, marketing, ... les médias en tout genre jouent sur le registre de l’imaginaire jusqu’à l’hypertrophier. « Achetez ceci, faites-en ceci et vous deviendrez cela ».
Deborah Helpert livre au lecteur ce discours prégnant rabâcher partout.
Malheureusement, son intention n’est pas d’exercer un esprit critique quant à ce discours, mais de le prendre pour vérité, stigmatisant homme et femme dans leur figure imaginaire contemporaine respective, soit deux figures de l’impossible réduites à un modèle unique. Par exemple : une femme est instinctivement sensuelle et il n’existe pas de femme qui ne sache pas embrasser (p.89), si le lecteur en rencontre, il est prié de l’envoyer à l’auteure pour qu’elle « l’empaille et l’expose au musée des raretés de ce monde ».
Certaines critiques parlent d’un livre plein d’humour. Je parlerai plutôt d’un livre qui s’échangera dans quelques sphères où seuls importent le respect des conventions et le consensus. J’invite surtout à prendre beaucoup de distance devant tous ceux qui pensent pour nous et réduisent l’humain à un manuel.
Une question en guise de conclusion : La rencontre n’est-elle pas possible qu’à la seule condition d’accepter l’inconnu, le non-maitrisable, la surprise ? Le reste n’est-il pas « avoir et conventions », grande illusion et simple séduction ? L’amour ne naît-il pas de la différence des êtres ?
Aucune réaction pour l'instant ...