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Franck Zappa : The Story Of Invention

25 novembre 2007 par Nical

Entre la sortie de “Freak out !” (1966) et celle de The Yellow Shark (1993), Franck Zappa aura composé plus de 60 albums aussi originaux qu’inoubliables. Outrageusement prolixe, ce véritable Stakhanov de la musique n’aura en tout cas jamais laissé indifférent.

Bouleversé dès son plus jeune âge par les oeuvres d’Edgard Varèse (Ionisation, etc…) et d’Igor Stravinsky (Le Sacre du Printemps), Franck Zappa débute sa carrière en tant que batteur.
Encore jeune à l’époque, il se rend vite compte de ses limites techniques d’indépendance, et se tourne alors vers la guitare, instrument chéri qu’il ne lâchera plus jusqu’ aux dernières années de sa vie, époque de ses compositions orchestrales bouléziennes.

Ce n’est pas un hasard si Franck Zappa est aujourd’hui considéré comme étant l’un des plus grands compositeurs de ces 20 dernières années.
Que ce soit avec The Mothers of Invention avec lesquels il connaît la gloire dès les années 60’ ou en cavalier seul dès les années 70’/80’, ce touche-à-tout de génie a su jouer et utiliser tous les styles nouveaux des cinquante dernières années, du R’n’B au ska, en passant par le reggae, le funk, ou même le rock progressif.

Ultra-satiriste, moqueur plus qu’assumé du système américain alors en place, l’artiste connaît dès les premiers albums de gros succès (One Size Fits All), mais également de réels (mais non justifiés) échecs (The Grand Wazoo).
Il décide ainsi dès la fin des années 70’ de revenir à des compositions plus abordables par le grand public, et sort après avoir dissout “The Mothers Of Invention” le fameux Sheik Yerbouti, album magique de chansons au succès populaire indéniable (Bobby Brown, Flakes,…).

Ironique jusque (et surtout) sur ses couvertures d’albums (Man From Utopia, Joe’s Garage,…), Zappa se tourne dès les années 80’ vers la composition, et n’hésite plus à retourner à ses premières amours : des mélodies vraiment trippées (nappes de synthé parfois exagérées mais tellement ironiques dans l’âme telles quelles), des mesures casse-cou complètement déjantées (7/8, 16/21,… pour les connaisseurs), et d’excellents musiciens qui continuent à l’entourer.

Sur ce dernier fait, il est impossible de retirer à Zappa ce rôle de révélateur de jeunes talents qui jouent avec lui dès leur plus jeune âge. Steve Vaï, Vinnie Colaïuta ou Tommy Mars ne sont que quelques uns parmi énormément d’exemples de nouveaux talents issus de ses formations.
En ce sens, il se rapproche étrangement de Miles Davis ou des Messengers d’ Art Blakey, qui eurent pour le jazz ce même penchant à révéler avant tout autre les musiciens de demain.

A l’ aube des années 90’, malgré tout, Franck Zappa estime (injustement ?) que les musiciens qui l’ accompagnent ne sont plus assez bons pour jouer sa musique, qui se complexifie de plus en plus. Il se tourne vers les compositions orchestrales, fréquente depuis longtemps Pierre Boulèz (à qui il confiera, à l’issue d’un dîner à Paris : "L’Enfer n’existe pas. Il n’ y a que la France."), et parallèlement à cette activité de composition sort un giga-best-of de son oeuvre, sans logique chronologique ou thématique, dans le respect de sa judicieuse théorie de la continuité conceptuelle de la composition d’un artiste.
Cette compilation de tous ses meilleurs morceaux court sur plusieurs c.d.’s et présente son oeuvre comme une véritable encyclopédie d’une vie de musicien fructueuse et géniale.

Il est certain que cette incroyable rétrospective intitulée “You can’t do that on Stage Anymore” devrait être écoutée par beaucoup plus de "musiciens" de notre époque, qui prendraient pour le coup une bonne leçon d’humilité et de Création au sens large et noble du terme, et ferait peut-être réfléchir plus d’un de ces mongoliens pseudo-rockeurs qui crachent de la bière en se proclamant rebelles contre un système dont ils profitent allègrement, lors, par exemple, de concerts géants qui leur permettent d’assumer la construction de leur villa sur les plus belles des côtes de Hawaï, et qui croient dès leur premier album être rentrés, eux aussi, enfin !!, dans la grande légende de l’Histoire du Rock, et même, diront certains d’entre eux (les plus éphémères sans doute…), de la Musique, parce que être mégalomane ça fait toujours bien quand on est rockeur-rebelle baladé bien malgré soi de palaces en studios luxueux aux quatre coins du monde.

Au-delà de toutes ces considérations qui font perdre du temps autant au rédacteur que je suis, qu’aux lecteurs que vous êtes, il suffit simplement de conseiller d’écouter Zappa et de ne pas se laisser déstabiliser par le côté peu abordable de certains albums (car derrière se cache un véritable trésor : une philosophie de vie).

Car il faut bien prendre conscience que Franck Zappa prépare dès les années 60’ les plus beaux règnes de la musique de ces dernières années, de Dream Theatre aux Smashing Pumpkins en passant par le Bloodhound Gang ou les Pixies.


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