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FrontPage : la musique au coeur.

1er novembre 2007 par Nical

Créé au tout début des années 2000, le groupe FrontPage réunit trois des plus grands jazzmen actuels. Canonisé dès la sortie de leur premier album (et pour l’instant unique), le trio a su garder la tête froide malgré un succès fulgurant et mérité. Etude de style…

Il est certains albums qui marquent irrémédiablement l’histoire de la Musique.

Depuis l’apparition de la distribution massive dans l’industrie du disque, il a été donné au monde de découvrir ce que l’on peut nommer des “O.V.N.I” du genre humain, tant le génie contenu dans les oeuvres en question est simplement universel et évident. S’il fallait des exemples, on pourrait en citer beaucoup, de Bach à Zappa en passant par Ségovia.

A n’en pas douter, l’album (Eponyme) du groupe FrontPage est indiscutablement un de ces fameux "O.V.N.I.", à l’écoute desquels on ne peut que fondre d’admiration. Sorti en 2001, cet opus s’affirme dès son apparition tout simplement comme l’un des meilleurs albums de jazz que l’on ait entendu depuis longtemps…

La composition de la formation est elle-même éloquente : Dominico Di Piazza, Biréli Lagrène et Dennis Chambers sont effectivement reconnus comme les meilleurs musiciens jazz de leur génération.

Le premier des trois compte, avec les Patittuci et autres, parmi l’élite des bassistes mondiaux, et se place en première ligne des musiciens les plus demandés par les grands du milieu jazz.

Biréli Lagrène, lui, n’est pour ainsi dire même plus à présenter. Reconnu dès son plus jeune âge comme virtuose incontestable de la guitare manouche (“Routes To Django”,entre autres), son immense carrière l’a consacré au fil du temps comme un de ces rares musiciens qui ont réussi à marquer de leur empreinte la pratique et l’histoire même de leur instrument.

Idem pour Dennis Chambers, virtuose lui aussi, il appartient également à cette si restreinte catégorie des grands, très grands batteurs mondiaux. Que dire de cet homme aux dix mains, qui frappe sec et/ou lourd quand il veut, et achève toujours ou presque l’auditeur dans d’incroyables solis en imposant une démonstration allant crescendo dans la puissance et l’intensité, frôlant la perfection pour ne pas dire, par convention, qu’il y parvient, et poussant l’auditeur étouffé par tant de puissance et de sérénité (les deux chez lui semblent étrangement voisines…) à se retrancher derrière sa crédulité pour se dire que si, si, c’est possible…

Chacun de ces trois maitres allient à leur manière technique irréprochable et musicalité inédite, le constat est dès lors très clair : la musique de FrontPage est (littéralement) inouïe.

Alors que Lagrène s’emporte dans d’incroyables envolées appuyées par la solide et imposante basse de Di Piazza, il ne reste plus à Dennis Chambers qu’à poser la base de son jeu, un funk électrique duquel une fois désancré, ce batteur voit son drumming s’ouvrir sur tous les jazz possibles.

Rarement,une formation en trio s’est avérée si complémentaire à la seule force de l’instinct musical (car c’est bien, dans le fond, de “feeling musical” dont il est question dans cet album). On pourrait presque croire à certains moments à l’illusion auditive, ou à un rêve que l’on serait en train de faire sans s’en rendre compte.

Et pourtant,rien de tout cela. Ce que l’on entend est bien réel, a été réalisé par un seul être humain par instrument (précision importante et difficile à croire à l’écoute de certains passages).

Il n’y a en fait pas grand chose à dire de cet album tant il est évident. Il s’impose, c’est tout ; et rarement peut-on aujourd’hui trouver des albums mêlant virtuosité et musicalité à ce point et plaisant en règle générale à tout un chacun.

S’il va de soi que FrontPage est une composition de musiciens qui ont chacun leur “patte”, arrive alors sans s’en rendre compte la fin de la dernière chanson de l’album, et c’est à ce moment là que l’on aimerait juste les avoir à nos cotés ne serait-ce qu’un millième de seconde pour leur glisser un furtif mais si reconnaissant “merci” au creux de leur oreille de maitres.

Si quelque part dans cet univers empli d’étoiles naissantes, mourantes ou éteintes qu’est le monde de la musique doit exister une place pour ce trio au génie plus que fascinant, nul doute qu’elle se situe au plus haut du firmament dans le ciel étoilé du jazz.

FrontPage, une musique simple, directe et sans prétention, pour l’unique plaisir de l’oreille.


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