21 décembre 2007 par Morgane
« Miss Endicott », diptyque de la collection « Signé » du Lombard, a fait une entrée très remarquée dans l’univers de la BD. La fraîcheur de cette nouvelle héroïne nous entraîne dans une aventure fantastique aux dessins originaux et sensibles et nous offre un réel bon moment de lecture.
Pour en savoir un peu plus sur cette bande dessinée, je suis allée, avec deux internautes, Marine et Lucas, rencontrer au “BD fugue café” de Besançon, Xavier Fourquemin, le dessinateur et Jean-Christophe Derrien, le scénariste …
Marine, Lucas et Morgane : Bonjour Xavier ! Bonjour Jean Christophe !
Xavier et Jean-Christophe : Bonjour !
Morgane : Quel travail ! Deux albums de plus de 80 pages qui sortent coup sur coup ! Combien de temps avez-vous mis à écrire et à dessiner cette histoire ?
Xavier et Jean-Christophe : Deux ans, deux ans et demi environ.
Morgane : J’ai beaucoup apprécié l’humour de cette BD, notamment la façon originale qu’à de se battre miss Endicott avec ses aiguilles à tricoter, d’où tenez-vous cette idée ?
Jean-Christophe : Miss Endicott est une héroïne mais ce n’est pas du tout le genre « nana aux gros seins » comme on trouve dans les BD d’héroic fantaisy par exemple. Son travail c’est de faire des filatures, elle patiente souvent …
Xavier : Donc pour passer le temps qu’est ce qu’elle fait ? Elle tricote !
Morgane : C’est vrai que miss Endicott est une héroïne originale, vous en parlez d’ailleurs comme un mélange de Mary Poppins et d’Amélie Poulain.
Jean-Christophe : Oui, même si Mary Poppins est Mary Poppins et Amélie Poulain est Amélie Poulain, c’est une appellation que j’ai pour montrer que c’est un personnage foncièrement bon et altruiste, mais qui a aussi ses défauts. Au début de l’aventure, elle se montre sous son meilleur jour, c’est comme chacun d’entre nous quand on rencontre quelqu’un : On essaye de montrer le meilleur de soi-même, c’est seulement après que l’on peut dire qu’on est stressé de la vie ! Mais c’est ce qui est intéressant avec miss Endicott, c’est qu’elle n’a pas peur de foncer, d’aller de l’avant même si elle non plus n’est pas sur de ce qu’elle va faire.
Morgane : Si miss Endicott est l’héroïne de cette aventure, beaucoup d’autres personnages intéressants fourmillent dans ces deux albums, c’est même un réel travail d’équipe dans le tome deux pour stopper le « méchant », mais quel est le personnage que vous avez préféré créer et dessiner ?
Xavier : Eh, bien d’abord, je dois dire que cela a été compliqué pour moi de dessiner miss Endicott car je n’ai pas l’habitude des personnages féminins, mais j’aime beaucoup les personnages de Darren et Karl. Ils se dessinent tout seul. Vu que ce sont des personnages un peu comiques, j’ai pu exagérer les traits et les mimiques. J’ai adoré également dessiner les monstres, pas de problèmes d’anatomie, on peut les défigurer, les transformer, c’est normal en fait ! L’essentiel c’est qu’ils soient expressifs !
Jean-Christophe : J’aime miss Endicott, j’aime bien aussi Quilby, qui est un personnage énigmatique car on ne sait pas trop ce qu’il pense… Ainsi que Conrad, le majordome, qui reste impassible la plupart du temps ! Mais ce qui fait aussi la force de cette bédé, c’est l’ensemble de tous les personnages.
Morgane : L’un des personnages qui m’a fait également fait rire, c’est Simone, la cuisinière, dont les plats sont infects !
Jean-Christophe : Au départ, c’est un gag que j’ai écris, puis on a décidé d’exploiter le personnage. On a en premier lieu penser ne jamais la montrer mais en parler souvent, puis on a décidé de la montrer en faisant le gag avec miss Endicott. Comme on ne l’avait jamais vu, on l’a alors fait intervenir lors de la deuxième enquête : Simone vient la trouver pour lui demander de l’aide, en tant que conciliatrice, car la préceptrice du fils de ses maîtres modifie les plats du jour ! Et le fait qu’elle soit française est une blague supplémentaire par rapport à la nourriture anglaise qui a la réputation qu’on lui connaît !
Xavier : C’est un pied de nez !!!
Morgane : Et la mère de Prudence ? C’est un sacré personnage lui aussi !
Jean-Christophe : Au départ, dans la série qui était prévue en 4 tomes classiques de 46 pages, la mère était morte, mais on a décidé ensuite de la faire revenir, on avait envie d’une confrontation, car on s’est dit que quelque part finalement, une des faiblesses de miss Endicott qui était le personnage leader du tome 1, c’était sa mère ! Le fait qu’elle resurgisse et n’utilise pas du tout les mêmes techniques pour parvenir à ses fins, permit de faire un contraste.
Xavier : Et puis, j’ai toujours aimé dessiner les vieilles avec des gros flingues !!! (rires)
Morgane : Créer- vous vos personnages ensemble ?
Jean-Christophe : On a des idées tous les deux ; soit Xavier d’après mes histoires, soit moi parce que j’ai une pensée graphique sur un personnage ou sur une ambiance. C’est vrai qu’avec la BD, on peut difficilement revenir en arrière, ce n’est pas comme dans le cinéma ou on peut faire des modifications lors du montage. Quand on rend les planches à l’éditeur c’est généralement figé, donc les modifications doivent se faire en amont. L’avantage avec Xavier, c’est que lorsque je lui donne ces 8 pages environ à faire par mois, il réfléchit pour rajouter des petits éléments pendant qu’il les réalise, pour renforcer le caractère des personnages.
Xavier : En fait, quand je dessine, je me mets dans l’ambiance, dans l’histoire. Chaque personnage a son passé, ses habitudes etc.… et donc quand j’ai de nouvelles idées pour exploiter tel ou tel personnage je passe un coup de fil à Jean-Christophe, qu’on puisse voir ensemble.
Jean-Christophe : L’essentiel c’est de garder le fil conducteur de l’histoire que l’on raconte.
Marine : Pourquoi avez-vous situé l’action à Londres ?
Xavier : En fait, on ne parle jamais de Londres, on ne dit le pas, mais on voulait une ville victorienne. Dans la littérature, il y a beaucoup d’histoires, beaucoup de personnages réelles ou imaginaire, issus de ce milieu. C’était la capitale mondiale, le plus grand empire du monde et en même temps, des gens crevaient de faim dans la rue…Donc, c’était un décor idéal pour une histoire fantastique ! Et puis j’aime bien travailler dans des époques passée, je ne suis pas très SF ou contemporain.
Lucas : C’est vrai que ça serait passé de nos jours, je pense que ça aurait été moins fun…
Xavier : Je ne sais pas… En fait c’est aussi par rapport à mes lectures, on a tous des références culturelles de cette époque, tout le monde connaît Sherlock Holmes, Jack l’éventreur ou encore la reine victoria …Ca parle à tout le monde !
Jean-Christophe : On travaille sur l’imaginaire collectif, comme on reste sur les personnages et l’ambiance des bas-fonds, on n’est pas dans l’historique, en fait, c’est pour l’ambiance. Xavier avait envie que ça passe à l’époque victorienne et j’avais envie d’une super héroïne sans super pouvoir. C’est une alliance des deux !
Morgane : les couleurs jouent aussi un rôle important, est-ce vous, Xavier, qui les avez faites ?
Xavier : Non, c’est Scarlett, c’est vrai que sans faire d’exagérations d’effets et grâce à sa connaissance des couleurs, elle arrive à rester simple, car effectivement, l’ambiance est très importante…
Morgane : Vous avez d’autres projets ?
Jean-Christophe : Le tome 2 de la série « Time Twins » sortira en juin prochain. C’est l’histoire de deux voleuses de 18 ans qui vont chaparder des objets dans des époques passées. Chaque tome se passe dans une période donnée. Sinon, avec le dessinateur de mes albums « Incantations » : Simon Van Liemt, je sortirai un triller l’année prochaine aux éditions du Lombard.
Xavier : Je travaille actuellement sur un nouveau projet avec Pierre Dubois en 4 tomes au Lombard, ce sera l’histoire d’un enfant humain, qui est enlevé et remplacé par un enfant fée, toujours en Angleterre à la même époque que celle de miss Endicott.
Morgane : Sans que je dévoile la fin de l’aventure, on peut dire qu’elle laisse supposer une suite, allez-vous en créer une ?
Jean-Christophe : C’est en discussion, il faut voir par rapport à l’éditeur et au lecteur… car à la base, cela devait être une série, nous allons donc réfléchir à quand et comment se ferait cette suite… Est-ce qu’on refait un diptyque, un tome trois ou une série ? Mais on en saura plus en mars prochain. Il est vrai qu’on était très honoré de publier miss Endicott dans la collection Signé chez Lombard, mais on aurait vraiment envie de développer le personnage…
Morgane : un message pour les internautes qui vous lisent ?
Xavier : Eh bien…Achetez miss Endicott !!! (rires) Non sérieusement, c’est une bonne idée de cadeau pour les fêtes !
Vous aurez donc compris le message ! N’hésitez pas à lire ce diptyque tout à fait charmant et surprenant !
En tout cas, ce fut une rencontre très sympathique et je tiens à remercier Xavier et Jean-Christophe d’avoir pris le temps de répondre à nos questions avant leur après-midi de dédicaces !
Merci également aux éditions du Lombard pour leur confiance, ainsi que le BD fugue café de Besançon pour leur accueil et l’organisation de cette rencontre !
Bonne lecture, joyeux Noël à tous et à bientôt !
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