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27 décembre 2005 par ,
Philippe Grandfond, webmaster de trente-trois ans est le créateur d’un des deux sites français spécialisés (www.francofanfic.com) dans l’écriture basée sur une série télévisée. Ces « fanfictions », qui prolifèrent sur le Net, permettent à leurs auteurs de laisser libre cours à leur imagination. Decryptage.
A quoi correspond le phenomène des fanfictions ?
Ce sont des auteurs amateurs qui s’emparent des personnages et de l’univers d’une série. Ils conservent les personnages et la structure mais ils s’accordent une totale liberté d’écriture. Ils peuvent aller jusqu’à créer des saisons virtuelles de plusieurs épisodes même si c’est assez rare. Ce phènomène des fanfics se concentre plus particulièrement sur quelques séries comme Charmed, Buffy ou Alias mais il y en a pour tous les goûts.
Comment le fan se transforme-t-il de simple téléspectateur en écrivain du web ?
C’est d’abord le moyen d’explorer la vie de gens qui l’intéressent et de leur faire vivre autre chose, Plusieurs choses rentrent en ligne de compte mais le processus d’identification joue à plein. Parfois, la série n’évoluant pas dans la direction rêvée ou certains personnages devenant trop secondaires, c’est aussi par frustration que les fanficeurs s’emparent d’un concept.
Qui sont ces fans scénaristes ?
Le phénomène est très developpé aux USA. En France, il a d’abord concerné des jeunes agés de 18-25 ans mais la tendance est au rajeunissement car les spectateurs de série sont aussi des jeunes. Aujourd’hui, la majorité sont des filles qui ont entre 14 et 20 ans et sur mon site, plus de 50% des histoires concernent Buffy contre les vampires.
Les auteurs respectent-ils les recettes des séries originales ?
On se retrouve avec des niveaux différents entre ce qui est gardé par l’auteur et ce qui lui appartient dans l’histoire. C’est évidemment plus cohérent si l’auteur respecte un maximum d’éléments de la série dont il s’inspire, notamment au niveau de la psychologie des personnages. Elle conditionne leur manière de réagir face à certaines situations données. Cet aspect concerne egalement les comportements et les repliques récurrents. Neanmoins, l’auteur a toujours tendance à ajouter des éléments qui lui sont propres.
Pourquoi à votre avis ?
Soit parce qu’il ne maîtrise pas la capacité à s’emparer totalement d’un personnage, notamment s’il n’a pas le recul nécessaire au niveau psychologique. Soit parce que sa motivation pour écrire la fanfic viendra d’un fantasme ou d’une envie de voir un personnage dans une certaine situation qui n’aurait peut-etre pas été possible dans la série d’origine. D’ailleurs, il n’est pas rare que l’auteur se mette en scène au coté du personnage principal...
Certains auteurs créent des séries entières...
C’est ce qu’on appelle les webséries derivées. Dans ce type de projet, l’auteur se base sur la reprise d’un ou plusieurs personnages de la série d’origine et les fait évoluer dans un contexte inédit. Là, le décalage peut fortement s’accentuer. Le style peut changer du tout au tout, notamment parce que l’auteur prendra la liberté de faire évoluer les personnages comme il le souhaite. Ensuite, il aura tendance a ajouter de nouveaux personnages, ce qui peut générer de nouveaux conflits et enjeux qui n’ont rien a voir avec la série d’origine.
C’est ce qui fait l’interêt du projet mais n’y a t’il pas un risque ?
L’auteur doit trouver un équilibre s’il veut attirer des lecteurs parmi les fans de la série originale. Les scénaristes de la télévision ont le même problème quand ils créent une série à partir d’une oeuvre déjà existante. Ce procédé, qu’on appelle un spin-off, ne garantit rien. Je me souviens d’une série qui était beaucoup plus sombre que l’originale. Elle a dû rapidement évoluer vers un meilleur équilibre afin de retrouver les premiers fans. Ecrire, c’est un défi. On dit aux lecteurs : « Vous allez aimer cette nouvelle histoire et allez avoir envie de lire la suite ». Comme à la TV, Il faut créer une dépendance pour le fidéliser.
Souvent, la tendance est à l’imitation, la qualité est-elle au rendez-vous ?
Quelques fanfics, comme la « Draco Trilogy » (trois tomes, 1 000 pages écrite par Maya, une anglaise), sont devenues cultes. Les traductions s’arrachent mais, sur Internet, le meilleur côtoie le pire et c’est parfois le prétexte d’oeuvres pornographiques et très violentes. La narration est souvent creuse, le vocabulaire récurrent mais le meilleur est parfois mieux que ce que l’on trouve dans le commerce.
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