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L’alphabet musical : une histoire sans fin ?

3 septembre 2008 par Nical | Promouvoir cet article

Que l’on soit élève dans un conservatoire, prof dans un de ceux-ci ou musicien amateur, on est forcément amené à un moment ou à un autre à lire une partition, quelle qu’elle soit. Du noir, du blanc... et des ronds, vides ou coloriés ! Mais ça vient d’où, tout ça ?

La notation actuelle, basée sur le système des gammes, n’est pas apparue un beau jour d’inspiration, de la main d’un génie éclair, ex-nihilo.

L’élaboration du système actuel de codification de la musique repose sur une lente évolution séculaire, produite par ceux qui se donnèrent la charge de penser la musique au fil des temps.
Tout cela se perd dans l’histoire de l’Homme, et commence il y a déjà bien longtemps. Malgré un long parcours, parfois flou et perçu comme sinueux, quelques repères existent cependant...

Du geste à l’écriture...

Avant toute chose, rappelons-nous des "bases" du système musical qui fait office de loi indéfectible de nos jours.
Selon la vision actuelle des choses, trois lois régissent la musique en général dans sa composition et son exécution : l’harmonie, la mélodie, et le rythme, ce dernier se suffisant à lui-même.
A côté de ce postulat de base, relevons aussi les quatre "grands" axes de caractère de toute oeuvre musicale : la hauteur, la durée, l’intensité, et le timbre.

Les civilisations, toutes aussi différentes qu’elles aient pu être dans leur évolution, ont selon les codes esthétiques en vogue au travers de leur culture, mis tantôt l’accent sur la hauteur et la durée, tantôt sur le timbre et l’intensité, etc.
Avant la rédaction des premières "bribes" (ce terme n’est en rien péjoratif ici) de partitions, la musique s’expliquait et s’exprimait avant tout par le geste. Il est cependant capital de noter que l’apparition de la notation musicale est à mettre en corrélation avec celle de l’écriture tout court.

Mieux, on a pu remarquer qu’une notation musicale, quelle qu’elle soit, ne s’est jamais développée que lors de l’apogée d’une civilisation donnée, dotée évidemment d’un système d’écriture.
Ainsi a-t-on retrouvé des tablettes cunéiformes en Mésopotamie datées entre le 18ème et le 16ème siècle avant notre ère, premier signes d’une transcription des sons et effets musicaux.

Il n’empêche, à cette époque, l’essentiel de la transmission du savoir repose sur l’oral. Plus proche de nous, on sait que dans l’histoire byzantine, le Domestikos, chef de choeur, usait de gestes pour indiquer la manière de chanter à ses chanteurs.
Le même phénomène se retrouve également en Inde, ou au Japon. A partir de là, la transcription de ces "gestes" en format "couché-sur-papier" allait considérablement s’accélérer : c’est l’époque de l’apparition des neumes. L’étymologie du mot parle d’elle-même : "souffle", ou "signe"...

Les écrits commencèrent dès lors à se multiplier, et une kyrielle de penseurs s’attelèrent à la tâche, siècle après siècle.
Aristoxène, Aristophane de Byzance, Boèce bien sûr, puis plus tardivement Josquin-des-Prés, Guido d’Arezzo ou Jean de Muris : les noms de ceux qui firent l’évolution de la notation se constituent en une liste interminable qui donne le vertige.

Des neumes, au fil du temps, on passa par le biais des accents aux notes carrées, puis à la notation actuelle : le tout en vingt à trente siècles !!!
Chacun tenta à son époque, avec les outils à sa disposition, de formaliser (de plus en plus) un système de codification en devenir. Il est bien entendu que l’histoire de la notation musicale ne peut s’entendre qu’au travers de celle de la musique en général.

Vers l’unification des systèmes... au travers du débat de l’interprétation

Malgré la très brève histoire de la notation musicale qui vient d’être présentée ici, il faut bien concevoir que les choses, dans la réalité, étaient très complexes et surtout... dissolues.

Chaque cité avait son système de notation au début, et même une seule cité pouvait avoir plusieurs systèmes de notation. Un signe pouvait signifier "A" pour certains athéniens, et "B" pour d’autres athéniens...
On n’en sort plus !

Il faut dire que les neumes, tout comme les accents, étaient fortement sujets à interprétation ! Comment interpréter un trait qui monte, puis qui redescend mais pas trop, par exemple ? De manière grave ? Plutôt dans l’aigu ? Fait-on confiance au directeur du choeur ? Au contexte de l’oeuvre ?
On peut aisément imaginer que certaines discussions furent houleuses, à une époque où le consensus n’était pas de la partie. Et ne croyez pas qu’à l’époque de Bach, ou de Mozart lui-même, tout était propre et beau !

Les modes d’écriture, la notation : tout encore était flexible, même si les progrès avaient déjà été dans le sens d’une uniformisation de la notation. Couperin lui-même le confie : "Nous écrivons une chose et en jouons une autre". Comprenons ici aussi l’importance du débat de l’interprétation à apporter au poids de cette phrase. Des compositeurs comme Corelli, ou Haendel, ne faisaient dans leur esprit que donner des "grandes lignes" aux interprètes.

Des annotations, sur des partitions du 18ème siècle précisent que certaines parties d’une oeuvre peuvent être remplacées, ou supprimées si l’interprète se trouve en difficulté, car dit Rameau, "nul n’est tenu à l’impossible".
On est bien loin du rigorisme de l’enseignement actuel qui enseigne une musique qu’aucun compositeur ne pensait "classique" au moment où il l’écrivait.

Avec l’arrivée de l’improvisation aux 14-15ème siècle, les événements prennent une autre tournure, encore plus à portée subjective, d’autant plus qu’à cette époque, les indications de tempo sont inexistantes, et que les signes varient dans leurs significations d’une principauté à l’autre.
Malgré les apports de Guido d’Arezzo au 11ème siècle (créateur présumé des notes do-ré-mi-fa-sol-la-si-do, et d’une codification colorimétrique de la musique) ou le traité ô combien important de Philippe de Vitry, l’Ars Nova (1320), la situation ne se clarifia qu’aux 18ème et 19ème siècles.

Et encore ! De nos jours, de nouveaux signes de "valeur ajoutée", etc, apparaissent, et on s’intéresse de plus en plus aux "commas", ces sons qui descendent en-deçà de notre sacro-saint demi-ton, propres aux musiques indiennes par exemple.
Finissons donc en envisageant bien que nous ne sommes pas "au bout" d’une évolution étant parvenue au meilleur des compromis, au "moins pire des systèmes", mais dans une évolution perpétuelle : d’ailleurs, finira-t-elle un jour ?


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