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L’art naïf vu par le curieux monocle

7 novembre 2008 par Nical Digg Del.icio.us Facebook Google Technorati Live MySpace Scoopeo Wikio Furl Blogmarks Reddit Mister wong Viadeo

Curieux monocle ! Ne vaut-il pas mieux parfois avoir un oeil que deux ?
Et ce n’est pas un tableau qu’il observe aujourd’hui, mais plusieurs, réunis au sein du même courant : l’art naïf. Ses plus célèbres représentants furent le douanier Rousseau, Raymond Isidore, ou Anatole Jakovsky.

C’est ici d’un style très coloré dont il s’agit ; d’ailleurs l’art naïf verra quelques-uns des plus beaux de ses tableaux issus des mains chaudes d’artistes sud-américains ou espagnols. Il s’agit avant tout d’un art volontaire et engagé... dans l’ingénu, consciemment ou non.

Les perspectives ne sont pas respectées, et on s’en moque : on voyage avec l’art naïf dans le monde onirique de chaque artiste, quel qu’il soit. Quel qu’il soit, car la finalité dans ce mouvement n’est pas d’exposer, d’être utile ou de vendre, mais de s’exprimer.
Différence fondamentale qui en fait un courant littéralement « désintéressé » et captivant. L’art naïf a touché plusieurs formes « classiques » d’expression, comme la peinture ou la sculpture, et un de ses chefs-d’oeuvre, le Palais Idéal du facteur Cheval, se trouve d’ailleurs en France. Ici, pas de sujet de prédilection, pas de dogme de la discipline, et encore moins de contraintes artistiques. On s’étonne de tout, on peint avec son âme d’enfant et on s’émerveille.

Ce n’est pourtant pas d’un vaste fourre-tout dont il est question ; ainsi une des meilleures explications de cette vision de l’art se trouve loin de nous, dans un écrit d’Albrecht Dürer, qui déclarait en 1512 :
« Seuls les grands artistes comprendront ce que je dis là en toute vérité : un homme peut dessiner une chose avec sa plume sur la moitié d’une feuille de papier en un jour, ou bien la graver dans un petit morceau de bois avec son petit fer, et cette chose pourra être plus belle et avoir plus d’art en elle que le grand ouvrage auquel un autre homme aura travaillé toute une année avec la plus grande application. »
Point de vue on ne peut plus exact d’une époque à jamais révolue, à prendre dans sa juste mesure, bien éloigné de nos actuelles salles de vente aux enchères ou l’arbitraire fait loi.

L’art naïf est ainsi marqué de ce sceau de l’originalité avant la technique, de l’émerveillement avant l’observation, du ressenti avant l’analyse. C’est en cela qu’il est ainsi capable de parler à tout le monde. Un point non négligeable est également à considérer : il faut replacer dans son contexte l’apparition du naïf comme n’étant pas une période étrange sans tenants ni aboutissants.
Apparue à la fin du 19ème siècle, cette mouvance rentre en fait dans le cadre d’une opposition plus « large » de l’époque au conformisme ambiant, dans laquelle se sont également épanouis les courants de l’impressionnisme ou du pointillisme. Les premiers pas de la peinture non pas vers un anti-conformisme, mais vers un « alter-conformisme », en ce sens que le rejet du passé se faisait non pas par dégoût, mais par envie de renouveau, de curiosité, et de recherche de nouveaux cadres de création, toujours plus originaux...

Le mois prochain, un autre chef-d’oeuvre, un autre regard. Le monocle, lui, sera toujours aussi curieux !


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