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La batterie au travers des âges

15 septembre 2008 par Nical | Promouvoir cet article

« Inventée » par le jazz au 20ème, la batterie, au regard de la percussion « classique », reste à part. Cet instrument a pourtant su s’imposer dans à peu près tous les styles avec un succès, notamment auprès des plus jeunes, qui n’est pas prêt de se démentir. Une histoire d’à peine un siècle, et pourtant tellement chargée ! Un coup de baguette magique nous rafraîchira la mémoire.

L’instrument de toutes les cultures...

Avant même les premiers batteurs de jazz, les jeunes noirs de la Nouvelle-Orléans tapaient déjà sur des boîtes de conserve qu’ils rassemblaient devant eux, par commodité. On est alors à la fin du 19ème siècle, et un formidable processus d’assimilation de cultures différentes va donner naissance dans quelques années à peine à l’un des instruments les plus appréciés par le public en général... et pour cause ! La batterie que nous connaissons aujourd’hui est sans aucun doute l’instrument le plus spectaculaire qu’il nous est donné d’entendre.

Il n’en fut pas toujours ainsi. En même temps que s’exerçaient les gamins de la Nouvelle-Orléans avec les moyens du bord, les cirques nés il y a peu, avec leurs orchestres itinérants, comprenaient des tambours, portés en bandoulière, mais aussi des grosses caisses et des cymbales, déjà présents depuis longtemps dans les orchestres classiques et les fanfares. Parallèlement à ça, les percussions océaniques avaient depuis longtemps entamé un grand voyage dans les valises de l’esclavage et du commerce triangulaire.

Avec le recul de notre époque, il semble évident que toutes les pièces du puzzle ne restaient plus qu’à être assemblées. Ce « processus d’assemblage » se fera en fait sur une courte période, dans un contexte propice à une telle innovation. Avec l’apparition des bals publics à l’orée du vingtième siècle, la nécessité de « jouer en marchant » n’est plus obligatoire.
Dans le même temps, les gamins de la Nouvelle-Orléans ont grandi, et de ces courants que sont le ragtime ou le gospel, et même la danse, est née de leurs esprits une bougre bizarrerie bien bigarée, innovante et basée sur le mélange des composantes des cultures africaines et américaines (principalement). Ils jouent maintenant ce qu’ils appellent du « jazz ».

Et dans ce courant-là, la batterie va se tailler une place de choix.
On est déjà dans les belles années 1910-1920, et depuis la fin du 19ème siècle, les tambours se sont rapprochés, les cymbales s’y sont accrochées... Longtemps, à ce sujet-là, on a discuté, pour savoir qui était « le » musicien qui avait eu l’idée de telle nouveauté, etc... Pour la postérité sans doute on attribue ainsi une innovation à un musicien ; on juge ainsi que Dee Dee Chandler, dès 1895, est le premier à utiliser une grosse caisse au pied et à inventer la pédale... Il paraît en fait tout aussi probable que certaines idées, dans le creuset du melting-pot de l’Amérique alors en pleine effervescence, aient pu émerger simultanément en plusieurs endroits à la fois.

Des pionniers aux fïeuls...

En 1920, les premiers batteurs que l’on connaît vraiment sortent de l’anonymat.
Nouveaux-nés dans un courant lui-même encore dans la berceuse, ils se prénomment Zutty Singleton, Cozy Cole, Sid Cattlet ou encore pour le plus connu d’entre tous ceux-là, Papa Jo Jones...

Il va sans dire que les conditions d’enregistrement de l’époque et les effets de l’usure du temps rendent impossible une audition claire et limpide du jeu, mais quelques trames se dégagent : la caisse claire et la grosse caisse ont pour rôle principal de marquer tous les temps, les cymbales marquent des pêches.
C’est l’époque des big-band, de Count Basie, de Django Reinhardt...

Dès les années 40, avec l’apparition de batteurs comme Art Blakey, Max Roach ou Kenny Clarke, la cymbale prend une autre dimension. Elle aussi marque les temps, le bebop est en train de naître, et des batteurs comme Elvin Jones vont alors faire exploser le carcan rythmique du jeu de la batterie jazz, et introduire les polyrythmes. Ce bref résumé ne rend pas justement la réalité d’une évolution lente qui comprit sans doute également des ratés, des oubliés, ...

On pourrait prendre des pages entières pour parler de Louie Bellson et d’Ed Shaughnessy, qui furent les premiers à user d’une double grosse caisse dès les années 50, du magicien Sam Woodyard, ou du poids considérable qu’ont eu Max Roach ou Steve Gadd, plus tard.

Aucune histoire de l’instrument ne rendrait justice de manière équilibrée à des légions de batteurs tous aussi méritoires les uns que les autres.
Avec l’évolution du jeu et celle du rythme en batterie, est née aussi très tôt la notion de « show » (dès les années 1920 déjà, certains batteurs « prenaient des solos »). Ces dernières cinquante années, avec la profusion de nouveaux courants, ont vu des batteurs développer des qualités touchant presque à l’irréel, avec pour trame de fond la quête de l’impossible, du jeu parfait. L’indépendance des membres toujours poussée plus loin, certains se sont spécialisés dans des domaines, et si la fusion ne peut musicalement pas être considérée comme la mouvance ayant obtenu le plus grand des succès populaires, elle a donné à voir et à entendre les plus talentueux des batteurs jamais vus encore.

Il est question ici de Steve Gadd, de Vinnie Colaiuta, de Dave Weckl, du magistral Dennis Chambers et plus près de nous, actuellement, de l’insurpassable et imbattable et invincible et autrichien Thomas Lang, qui pour l’heure met tout le monde d’accord. Tous ces noms sont ici autant de jalons d’une histoire que l’on gagne à écouter pour sa propre culture musicale.

Le particularisme d’un instrument bâtard

A côté de cet aspect purement "technique" de la batterie, se greffe évidemment une notion de musicalité qui peut paraître difficile à appréhender, puisque la batterie ne compte aucune gamme, mais juste des timbres. La durée s’imagine dans l’esprit du batteur, qui a à charge de servir au mieux la musique qu’il soutient.

Plus que tout autre, la batterie reste, après cent années d’existence, un instrument bâtard qui le revendique haut et fort.
C’est en cela qu’il est donc logique, puisqu’elle est au croisement de beaucoup de cultures, de la retrouver dans énormément de styles musicaux, de la bossa au rock, en passant par le reggae, les musiques africaines et océaniques, et beaucoup de folklores auxquels il a été facile de l’adapter. Quid de son évolution ?

De nos jours, le jeu aux pieds s’est énormément développé, on rajoute des cloches, des tambourins, des toms couchés, ...
Thomas Lang peut monter jusqu ’à dix instruments de percussion à chaque pieds, sans compter ce qui s’étend déjà devant lui pour son jeu de mains.

Si la surenchère doit aujourd’hui être évitée en justifiant l’utilité musicale d’un tel attirail, c’est afin de prendre garde que les apparences ne prennent le pas sur le fond, et que l’on ne se retrouve avec des batteurs au final plus soucieux de l’aspect et de l’image qu’ils peuvent bien renvoyer, plutôt que de leur jeu.

Un faux-pas qu’il faudra absolument se garder de franchir, en se rappelant au bon souvenir d’Elvin Jones, qui avec un très modeste kit de batterie arrivait déjà à en faire beaucoup...

Quelques batteurs qui gagnent à être écoutés...

au travers de concerts ou de chansons, et en solo, bien sûr !

  • Elvin Jones- Oh ! Elvin, At This Point In Time, ... et avec John Coltrane bien sûr !
  • Jo Jones- Tous ses travaux avec Count Basie
  • Art Blakey- One Night In Tunisia, Kozo’s waltz, ... et avec les Jazz Messenger
  • Max Roach, Kenny Clarke- Tout ! Freedom now suite, Jazz in ¾ Time, Kenny Clarke et Jean-Christian Michel,etc.

Plus près de nous :

  • David Garibaldi- Avec Tower Of Power
  • Dennis Chambers- Tout ! Getting Even, Outbreak, et avec les Brecker Brothers
  • Thomas Lang- Tout !
  • Steve Gadd- Avec Eric Clapton, James Brown, ...
  • Ainsi que Denzil Best aux balais, Dave Weckl, Steve Ferrone, John Hiseman, ...

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