2 septembre 2008 par Nical | Promouvoir cet article
Curieux monocle ! Ne vaut-il pas mieux parfois avoir un oeil que deux ?
Voici un bien étrange tableau qu’il lui est donné d’observer aujourd’hui...
Les créations du peintre hollandais Jérôme Bosch ont toujours fait figure d’"ovni" au regard des oeuvres de ses contemporains du 15ème siècle.
"Le Jardin des Délices", réalisé vers 1505, est souvent présenté comme étant une de ses oeuvres majeures.

Certains confèrent à ce tableau une portée presque psychédélique avant l’ heure, justifiée par la présence de plantes réputées hallucinogènes dans l’ oeuvre du peintre...
Il est clair, au premier coup d’oeil, que ce tryptique (c’est à dire une oeuvre composée de trois parties, avec généralement, comme c’est le cas ici, un panneau central prédominant) est bien éloigné des travaux de Raphaël, Giorgione, ou Bellini, qui à l’époque comptent parmi les peintres les plus en vue de l’art "Renaissance".
C’est ici d’un déluge incroyable de personnages dont il s’agit, plus que d’une mise en scène comme "La Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne" de De Vinci, datant de la même époque.
Le but de ce tryptique est avant tout de témoigner d’une vision du peintre lui-même en ce qui concerne l’homme et sa manière d’agir, plutôt que de faire un exemple ou de célébrer la symbolique chrétienne, dont il est fortement question ici.
Le panneau de gauche renvoie au Paradis terrestre et en appelle à l’expulsion d’Adam et Eve, qui provoqua la dégénérescence du genre humain, provoquant chez l’homme le goût du vice et de toutes les facilités, quelles qu’elles soient (panneau central). Les plaisirs de la chair sont évidemment bien représentés, ce qui explique la présence de fruits, et éclaire aussi sur le fait que ce tableau était appelé au temps de Bosch "La Fraise" ou "La Luxure".
Les châteaux des seigneurs sont devenus des nefs des fous, occupés à la guerre et aux femmes.
L’imagination de Bosch est emportée par des visions toutes plus loufoques les unes que les autres, et (surtout !), ne concède aucune qualité à l’homme en général : celui-ci est une tare, de laquelle il n’y a rien de bon à tirer.
Ce dernier point éloigne encore plus son oeuvre de celles de ses contemporains.
C’est aussi, sur le panneau central, d’une vraie célébration des plaisirs fugaces de la vie qu’il s’agit ; les animaux rappelant la nourriture opulente, des cours sont omni-présents, et évoquent aussi la fierté détestable de l’espèce humaine de dominer toute autre forme de vie.
Tout cela se finit donc, sur le troisième volet du tryptique du "Jardin des Délices", aux Enfers.
Même la musique, sacrae disciplina plus que toute autre peut-être, est mise à l’amende, juste parce qu’elle est création humaine. Ainsi peut-on voir au premier plan un damné crucifié sur une harpe ou un luth, ainsi qu’un métronome retourné, preuve du reniement absolu de toute création humaine, vaine et stupide.
Plus haut, les suppliciés souffrent les souffrances du feu éternel, les villes dans lesquelles tant de place était volontiers accordée à toute luxure possible, brûlent, et c’est tant mieux. Inutile d’évoquer, en ultime guise de condamnation de l’Homme, le symbole phallique gigantesque composé de deux oreilles et d’une lame de couteau ( ???).
" ???", en effet, car au-delà de tout cela, voilà une oeuvre sacrément originale pour son époque, et qui le reste plus que tout aujourd’hui.
Nul doute qu’avec un tel talent dépassant tout entendement, Jérôme Bosch touche dès lors à la plus méritée des postérités, qui nous permet encore de nous émerveiller aujourd’hui des qualités d’un peintre de génie, décidément bien sans équivalent dans l’Histoire de l’Art Occidental.
Le mois prochain, un autre chef-d’oeuvre, un autre regard. Le monocle, lui, sera toujours aussi curieux !
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