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Le Temps des citrouilles

1er juillet 2008 par Nical

Formé à l’ aube des années 1990, les Smashing Pumpkins, groupe de rock originaire de Chicago, a occupé une quinzaine d’ années durant le devant de la scène internationale du rock. Parfois décriée, la formation du charismatique Billy Corgan a toujours su s’ imposer comme une des figures de proue d’ un mouvement musical "généraliste" revendiqué, le rock alternatif. Un judicieux rétro-coup d’ oeil semblait s’ imposer !

Le leadership de Billy Corgan

On peut appréhender la carrière des Smashing Pumpkins comme on pourrait appréhender l’histoire de dizaines d’autres groupes : formation, apogée, déclin et come-back raté.

Si la force de certains grands groupes a été de savoir s’arrêter au bon moment, celle des Pumpkins réside plus dans la personnalité propre de chacun des membres du groupe, et tout d’abord et surtout sur celle du gourou Billy Corgan. Un homme étrange de deux mètres de haut, grand adorateur de sons électroniques en tous genres, et héritier des courants psychédéliques les plus divers, dont il a su assimiler les essences pures pour donner libre cours à un processus créatif très personnel.
L’homme est secret et aime parler de choses secrètes, mais contrairement à ce que beaucoup de fans inconditionnels semblent penser, il est certainement, au fond, très simple.

Il a conditionné un groupe en le centrant autour de ses propres idées, gérant l’affaire de manière généralement tyrannique mais terriblement efficace.
Le monde qu’il invite à visiter au travers de ses oeuvres, généralement très onirique, est empreint de mysticisme et de références mystérieuses(la référence à la symbolique franc-maçonnique sur Machina est flagrante, par exemple…), mais a certainement été trop "kabbalisé", justement, alors que la plupart des messages sont évidents, et tournent simplement tous autour de l’amour.

Il est pourtant indéniable que l’esprit torturé de Billy Corgan, son attrait pour la littérature classique et l’utilisation qu’il se plaît à faire du vieil anglais, ainsi que son goût évident pour le sacré, ont contribué (avec sa tacite connivence) à entretenir une image de mystère profond.

Le temps des succès…

Bien que fortement éclipsée par l’incroyable succès du Nevermind de Nirvana, la sortie du premier opus du groupe, Gish (1991), concorde déjà avec un franc succès auprès des populations les plus jeunes de l’époque ; succès qui dès lors ne s’est plus démenti par la suite.

Déjà, la couleur est annoncée : guitares saturées à l’envi, inspirations hindoues remarquablement intégrées dans un esprit rock omni-présent, et surtout, une qualité de composition à faire rager les maisons de disque concurrentes de l’époque. Issus de cet album, quelques "tubes" devenus légendaires dans l’histoire du groupe, comme I Am One, Snail, ou Siva.
Globalement, ce premier jet sonne très "brut de décoffrage", primaire, et annonce en même temps des axes de réflexion lancés ça et là comme(déjà ?) une ébauche au second album, Siamese Dream(1993).

Changement d’ambiance radical pour l’occasion : Billy Corgan, qui connaît alors certains déboires avec les autres membres du groupe et en proie à une grande déprime(selon ses propres dires), propose des compositions au goût exquis de Soma musical. La période de mâturité la plus prolixe du groupe semble déjà se révéler au travers de morceaux devenus références :Rocket, Silverf***, Geek U.S.A., Cherub Rock, …

Aucune chanson n’est à jeter, l’ensemble est homogène et ne connaît pas de moments en deçà d’un autre : Siamese Dream apparaît dès lors comme un album plus réfléchi que Gish ; on sent (à l’écoute seulement !) l’intensité du travail qui a été nécessaire. Comme sur une toile, on fait, on défait, on efface et on refait. La musique se sculpte et prend vie, golem doux-amer ondoyant aux bras faits de notes, elle envoûte sans dévorer, elle pénètre sans transpercer.

1995 est une année qui marque un tournant déjà amorcé depuis longtemps pour les Smashing Pumpkins.
Déjà célèbres, Billy Corgan et ses camarades vont connaître le succès planétaire mérité et pressenti depuis des années avec la sortie d’un maxi deux c.d., Mellon Collie and the Infinite Sadness.
Il s’agit là d’un chef d’oeuvre absolu de l’histoire du rock, d’un voyage et d’une expérience beaucoup plus que de "musique" simplement, ce qui nous renvoie d’ailleurs aux origines progressives et new-wave du groupe.
Très onirique, Mellon Collie and the Infinite Sadness plonge l’auditeur dans le monde merveilleux de Billy Corgan, plein d’amour et de questions. Son écoute est vivement conseillée.

Pisces Iscariot, Adore : autant d’autres très beaux albums.
Adore, notamment, fut vivement décrié (pour des raisons négligeables qui plus est), ce qui fit dire à Corgan que c’était là un grand gâchis, car c’est selon lui le seul album qu’il ait fait vraiment comme il le voulait.

A l’Ouest, rien de nouveau ?

Les années 2000 arrivant, le groupe tend à s’essoufler et à s’effondrer sur lui-même, et malgré la sortie de Machina et Machina 2, dans lesquels on peut entendre de magnifiques chansons telles que Try, Try, Try ou This Time, Billy Corgan annonce la dissolution (à l’époque présentée comme définitive) des Smashing Pumpkins.

A partir de ce moment-là, le reste de l’histoire devient nettement moins glorieux d’un point de vue musical. Corgan reforme un groupe, Zwan, au succès logiquement mitigé. Dans la foulée, il reforme les Smashing Pumpkins avec un seul des membres d’origine (le grand Chamberlin), pour présenter Zeitgest, le nouvel album.
Mais, le temps a passé, les choses ne sont plus ce qu’elles étaient, les fans qui avaient 15 ans en 1995 ont vieilli, Billy Corgan lui aussi a vieilli, et Zeitgest, comparativement aux productions des années 1990, n’est franchement pas très bon.

Tout cela est-il donc voué à finir en eau-de-boudin ?
Doux Jésus, impossible !!! Il semble en tout cas qu’un blason reste à redorer. Epée au poing, Billy Corgan fonce sans doute aujourd’hui vers de nouvelles créations, dans de nouvelles galaxies. Souhaitons-lui un bon voyage, et espérons qu’il nous ramènera en guise de souvenir musical l’équivalent d’un diamant non dégrossi.


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Draikhin
1er juillet 2008

Le grand Chamberlin

Salut,

Bravo pour ta chronique ! Comme toujours c’est un délice pour l’esprit. A la fois riche en connaissances et marqué du sceau de ton style percutant et sensible.

On y trouve bien là le Grand Chamberlin ;)

@+
Olivier

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pablo l’articho
23 juillet 2008

Le grand Chamberlin

Bonne analyse.C’est un plaisir que de redécoucrir ce grand groupe à travers les yeux de l’excélent Nical !

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