8 avril 2008 par Nical
Une page se serait-elle définitivement tournée ? Serait-il devenu ringard d’écouter ceux qui firent le rock il y a 10, 20, ou 30 ans de ça ?
Aurions-nous recalé ceux qui nous ont fait rêver dans quelque gouffre insondable de nos mémoires, une espèce de cimetière des nazes ? Et surtout, tant d’années après, que reste-t-il de tout ça ?
"Quand t’en as une comme ça dans ton pieu, tu dors pas dans la baignoire, je te le dis !"
Terminant mon ultime lampée de bière dans un bar très quelconque d’une très quelconque ville de la très quelconque banlieue parisienne, je laissais l’autre soir les patauds badauds finir leur conversation sans écho, posant nonchalamment le compte nécessaire au paiement de l’addition et franchissant la porte d’un air blasé.
L’humeur en saucisson de poche, je me décidais alors à rentrer chez moi puisque n’ayant ni les finances, ni les idées pour avoir trouvé mieux à faire. Le regard hagard, clope au bec et fumée dans les yeux, je me décidais alors pour une judicieuse et énième écoute d’un album de David Bowie.
Surgit alors à moi, me sautant au visage blâfard que je contemplais dans la vitre crasseuse de ma chambre qu’en observant je me rappelais la nécessité de nettoyer, une question, presque une évidence qui me fit très peur (car le fait même de me la poser me fit très peur) : où sont donc passées les icônes du rock ?
Je me mis dès lors à penser qu’aujourd’hui, lorsque j’allumais encore mon poste de télévision, ou que je consentais à ouvrir un magazine "spécialisé", je n’en voyais plus.
Voir quoi ?
Ces icônes que furent David Bowie justement, ou Lou Reed, ou King Crimson, ou Corgan. Où donc est passée la relève de ces monstres sacrés inoubliables ?
On ne voit plus de groupes comme les Pistols, Radiohead ou les Ramones. Ceux-là sont allés plus haut que le reste. Ils ont parlé à beaucoup, et continuent de le faire. Loin derrière eux, $$$Tokyo Hotel$$$.
Quand bien même, en écrasant ma clope comme je le fis ce soir-là, il m’aurait tellement plu de me dire qu’ils n’existent pas sans en rêver, comme si cela était, alors que j’aurais volontiers bien remplacé le fond de mon cendrier par la face à Bill (mais oui, le leader !), je dus me contraindre à la réalité actuelle qui fait que si, si, ils existent.
On dit même que certains les aiment ( ?source nécessaire ?).
Ils existent, bien sûr ! Ils ne font même que cela ! Ils sont partout, et comme David Vincent les a vus eux aussi en d’autres époques en d’autres temps, nous aussi, on les voit.
Tels Jésus, chacun porte sa croix. La mienne est couleur merde, avec une gravure gothique au nom de Bill lourdement inscrite dessus.
Nous sommes tous, à l’ heure actuelle, des David Vincent.
Les cheveux noirs, plaqués, travaillés au gel pendant d’harassantes heures passées en loge, Bill se prépare. Il sait que ce soir, ça va le faire. C’est un rockeur, Bill. Un putain de rockeur, même.
A côté de lui, ses potes de son groupe. Il voit leurs reflets, dans le miroir au mur en face de lui qui lui renvoie son visage de beau gosse tendance pour lequel pas plus tard qu’hier, Jenny et Cynthia se sont crêpées le chignon qu’elles s’étaient faites pour lui ressembler.
Mais Bill, lui, il est ailleurs, dans d’autres sphères. Comprenez-vous ? Il a la charge du plus grand groupe de rock and roll du monde. Il ne se distrait pas. Il compose.
Quand il est sur scène, putain, il prend son pied ! Il les regarde tous, ses amis.
Son ami batteur groove à mort, c’est clair, et son ami guitariste est dans le move. Une légère fausse note, au début du concert qui présente leur nouvel album, mais maintenant, ils sont chauds !
Définitivement, ouais, ça déchire.
Le gros son saisit ses spectatrices sexuellement sapées, tous les mecs sont jaloux, c’est clair !
Vite, vite ! Eteinds ta télé ! Décidément, plus rien de bon dans la boî-boîte, pour sûr.
Je me décidais à refumer une clope. Revenant à mes moutons musicaux, occultant cette vague malsaine qui venait de submerger mon âme, je repensais à cette lancinante question.
Qui pour prendre la relève ?
A l’époque actuelle, on a droit à du rock parfois bien fait, les exemples ne manquent pas. Quoique bien "formatés", les Hives ont un son intéressant, les Doves aussi.
Quand les travaux de Bright Lights sont remarquables, ceux d’At The Drive-In (R.I.P.) caressent l’oreille. Marillion joue très bien aussi.
Mais voilà, au fond, rien d’absolument mémorable.
Alors qu’à l’aube des années 2000 on cherchait désespérément dans tous les recoins des maisons de disques, sous les cartons, derrière le bureau et même sous le pot à stabylos les dignes successeurs des Pumpkins ou de Radiohead qu’on avait déjà enterré, on crut entrevoir l’espoir d’une nouvelle génération très talentueuse avec les premiers albums de Placebo ou de Muse.
Ceux-ci, par la suite, furent décevants, comme manquant d’inspiration. Bingo ! Me revoilà plongé dans les vestiges du passé.
715ème cigarette, des lambeaux de gorge en moins.
Plus un n’a le charisme de Morrisson, plus un n’a le talent touche-à-tout si particulier qui caractérisait Zappa ou Gainsbourg (à part Beck, peut-être).
Inutile, évidemment, d’aller chercher du côté du rock français.
Le son rock doit-il ainsi forcément aller de pair avec un leader charismatique trop beau, trop fort, et trop rebelle ? Oooh Bill !
Pas forcément.
D’excellents rockeurs persistent et signent aujourd’hui.
Les Pixies, qui n’ont certainement pas de charisme, produisent de très bons albums, et Beck, quoi qu’ assez discret, propose également de très, très bons travaux (Odelay-avec une reprise de Desaficionado de Stan Getz à la fin, culte !-, Midnite Vultures, …).
Alors, c’est quoi ce merdier, les enfants ?
La seule conclusion à laquelle arriver, 837ème cigarette et plus de gorge du tout, c’est que là où le rock s’embourbe, exception faite de quelques ilôts de qualité survivant au-dessus d’une mer de merde, le jazz, le classique ou même l’électro savent se renouveler et creuser l’héritage de leurs ancêtres.
Et pourtant, paradoxe affolant, on ne nous a jamais proposé autant de groupes qu’à l’heure actuelle !!!
Certes, parmi les groupes d’aujourd’hui comptent de très bons musiciens, et les concerts dans les méga-salles parisiennes, waou, ça arrache, hein Bill, il y a du gros son, pleins de gens qui s’habillent en noir avec les cheveux plaqués et qui en côtoient d’autres moins "voyants".
Mais voilà, dans le meilleur des cas, on va assister à un très bon concert, mais le culte de la personnalité n’est plus permis aujourd’hui dans le rock, ou du moins, il n’est plus justifié. La musique est là, mais l’esprit n’y est plus ; ce fameux esprit rock.
Gageons que tout ceci n’ est qu’une mauvaise passe de laquelle nous sortirons bientôt.
Loin de toutes ces considérations, les grands d’antan, morts ou vivants, rient peut-être jaune de leurs propres héritiers.
Eux aussi, après tout, doivent se dire que ma foi, "c’était mieux avant".
Oubliés de premier rang dans la folle marche du bourbier actuel, dans leurs coins recalés, eux, les ringards, se reposent et patientent peut-être dans l’espoir de la renaissance d’un jour nouveau. En attendant, ils doivent être bien contents d’y être, eux, dans leur cimetière des nazes.
Je voudrais dédier cet article à la mémoire chérissable de Franck Zappa, grand gourou devant l’Eternel lui-même.
Pour tout le travail qu’il a fait, le bonheur qu’il a pu m’apporter, et le génie dont il était animé : reposez en paix, Monsieur Franck Zappa.
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pablo l’articho |
Le cimetière des nazesJ’aurais plutot tendance à dire : Espérons qu’aucun groupe serieux ne puisse devenir aussi bon que l’on été nos idoles. On est bien avec nos Janis Jopplin et nos David Bowie. Laisson bill à ses groupie et restons tranquille avec ce qu’il y a de bon sur cette terre. Je n’ai besoin de rien d’autre que d’un sous-marin jaune. Continue à nous narrer tes avantures nical !
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