4 mars 2008 par Draikhin
Ce slogan taggé sur les murs de l’Université la plus prestigieuse de France, lors du mouvement anti-CPE de 2006, soulevèrent une vérité difficile à entendre ; tellement difficile qu’elle fut pointée comme ineffable, interdite et tabou. Quand on ne veut pas entendre, on fait taire.
Léon de Mattis montre alors l’interdit de remettre en question la démocratie, en commençant par son principe de vote.
La première partie, « Post-scriptum au scrutin municipal de 1989 » nous fait entrer dans le quotidien de la politique locale d’un d’un grand parti politique dans un arrondissement de Paris pour les municipales de 1989. Léon de Mattis a alors 20 ans.
Il ne se passe pas grand chose, rien d’extraordinaire, une réalité du quotidien d’un groupe de jeunes militants de gauche au sein d’une section du Parti à Paris.
Dans la seconde partie, « élections piège à cons » en souvenir du slogan de 1968, l’auteur s’attache principalement à la question du vote comme dispositif de stérilisation sociale.
Croire que le vote peut changer quoi que ce soit est depuis longtemps pour l’auteur, une illusion qu’il décortique pour le lecteur. Il s’appuie sur les prolétaires qui ont cru pouvoir changer les choses en votant massivement et finalement ont connus un appauvrissement accru par ceux-là même qui prônaient leur enrichissement.
L’auteur s’attache à défendre une croyance aigüe dans la "révolution". Difficile de ne pas y voir une forme d’anarchie. Mais lorsque certains pourraient facilement en appeler à une révolution illusoire qui a déjà montré son échec face une société émancipée, Léon de Mattis s’attache à recentrer son essai sur l’exposition des mécanismes de la démocratie.
C’est dans sa troisième et dernière partie « Mort à la démocratie », qu’il entre dans une réflexion plus profonde sur la démocratie et pose la question d’une réelle nécessité de l’Etat.
Je ne vous dévoile pas son raisonnement et vous laisse l’apprécier.
Par exemple : "La "démocratie directe" est une fausse bonne idée. Elle partage avec sa grande soeur la démocratie tout court le fétichisme de la forme.", nous dit Léon de Mattis. Sous prétexte de "démocratie" et même de "démocratie directe" les mouvements sociaux sombrent dans l’écueil procédurier.
Il pointe comme nombre de politologues, de sociologues et même de psychanalystes (Jean-Pierre Lebrun, Charles Malman, …) une dérive de la démocratie vers le "démocratisme". Aujourd’hui nul ne peut remettre en cause la démocratie et toute l’organisation sociale devrait s’organiser par les principes démocratiques. Or Léon de Mattis montre à quel point, compte tenu de l’enlisement procédurier, il est très facile pour les "négociateurs" de tourner les décisions à l’avantage des "puissants".
Si depuis 1989 l’auteur n’a plus jamais voté, le livre n’est absolument pas une incitation à l’abstentionnisme… simplement l’exposition d’un horloger ouvrant le capot sur les mécanismes d’une montre parfaitement réglée.
On ne peut fermer les yeux sur une vision assez anarchique, mais il a le mérite de faire l’effort, difficile de déconstruire un système qui c’est étendu mondialement, et de mettre l’esprit des lecteurs à la réflexion sans dogmatisme.
Un essai à mettre en lumière par la métaphore Nietzschéenne du dromadaire, du lion et de l’enfant. D’abord dromadaire jusqu’à l’élection municipale de 1989, il accumule les valeurs et les savoirs. Et jusqu’à aujourd’hui, et la publication de cet essai, il travaille à montrer les limites de cet ensemble démocratique qui au même titre que n’importe quel régime oeuvre pour la maintenance suprême de l’Etat. Il dévore les valeurs, les mâche et enfin les digère. Maintenant, au delà de l’écueil anarchique, Léon de Mattis renaîtra-t-il pour dépasser les valeurs dévorées ?
- Titre : "Mort à la démocratie"
Ecoutez Léon de Mattis sur France Culture
Aucune réaction pour l'instant ...