Peprignan : entre image et information

6 mai 2008 par MayD

Une condamnation à publication d’un communiqué, pour les journaux VSD et Paris Match (suite à la publication de la photo du préfet Erignac gisant sur la route) fait l’office d’une pétition, signable à partir du site Visa pour l’image. Entre "le droit à l’image" et "le droit à l’information" un débat vivant à Perpigan où se tient tous les ans le Festival Visa pour l’image, dont le partenaire principal est Paris Match !!!

Rappel des faits

Le 6 février 1998, le Préfet de Corse, Claude Erignac, est abattu dans une rue d’Ajaccio. Sa dépouille est photographiée et l’image est publiée dans Paris Match sous le titre « Corse : la République assassinée ».
Cette photo, qui fera la Une des médias du monde entier, montre un représentant de l’Etat lâchement tué, gisant sur la chaussée. Elle illustre un évènement majeur dont l’impact est considérable sur la population corse qui descendra dans la rue pour réclamer la restauration d’un Etat de Droit.

Malgré la diffusion en boucle sur les chaînes nationales et l’importance historique et politique de cette image, une procédure est lancée par la famille Erignac, au titre de l’atteinte à l’image du préfet, qui demande la saisie de Paris Match et VSD. Ils sont condamnés et doivent publier un communiqué.

Depuis 20 ans se tient à Perpignan le festival Visa pour l’image, festival de photo-journalisme. Au cours de cet évènement et ce durant 15 jours, une vingtaine de photographes exposent dans différents lieux de la ville de Perpignan (notons que les expositions sont gratuites).
Donc pour vivre, le festival fonctionne avec des partenaires (dont Paris Match et ELLE, journaux réputés pour la grandeur de leurs images).

Ce festival se veut défenseur de la liberté d’information par l’image. C’est pourquoi en vue des enjeux économiques que cet évènement représente pour la ville de Perpignan, celle-ci soutient l’action du Magazine Paris Match, dans son recours, dès suite de sa condamnation (en juin 2007) en lançant un appel à pétition.
Justifié comme suit : Nul ne discute la dimension politique et historique de cette image (…) La Cour de Strasbourg vient de juger que le droit de montrer et de publier la photographie d’un attentat, quand bien même elle constitue un évènement politique, doit être subordonnée à l’autorisation des proches des victimes au nom du « droit à la douleur », parce que l’image a ravivé la souffrance de la famille.

Parfaitement illusoire, cette décision n’empêchera pas la diffusion tous azimuts de photos non signées sur Internet, (…) L’enjeu est majeur. Il s’agit de la privatisation du droit à l’information, au profit d’intérêts individuels. C’est la fin d’un mythe : celui de la valeur fondamentale du droit à l’information par l’image.
Pour les juges européens, le seul temps « légitime » n’est pas celui de l’actualité, à chaud, mais celui de l’Histoire : la photographie d’Erignac pourrait être publiée, des années après, quand les proches auront fait leur travail de deuil. (…) Faut-il que nous appliquions un traitement de l’information différent selon la nationalité des victimes, leur domicile ?

N’oublions pas que le droit à l’information est aujourd’hui payant en France. Il est triste, voire indécent, de voir que les intérêts économique d’un groupe de presse prennent le pas sur "le droit à la douleur".

Entre le "droit à l’information" et le "droit à l’image", une dimension humaine, qui semble-t-il a été oubliée, malgré une volonté affichée de permettre à tout un chacun de "savoir". Mais savoir quoi ?
A-t-on réellement besoin de montrer un homme "gisant sur la chaussée" pour illustrer sa mort ?

Rappelons que Le droit à l’image est la prérogative reconnue à toute personne de s’opposer, à certaines conditions, à ce que des tiers non autorisés reproduisent et à fortiori, diffusent son image. Les juges considèrent que « toute personne a, sur son image et sur l’utilisation qui en est faite, un droit exclusif qui lui permet de s’opposer à sa reproduction sans son autorisation expresse et spéciale »

Ce droit doit être connu de tout professionnel effectuant du traitement documentaire d’images. Il sera averti de la nécessité de maîtriser les autorisations d’exploitation qui doivent être, le plus souvent, expresses, c’est-à-dire formellement exprimées, explicites et en général écrites.


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