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17 février 2009 par
Le mouvement des étudiants-enseignants-chercheurs face aux démons de toute mobilisation sociale. Réfléxion et témoignage.
Il est malheureusement vrai de dire qu’une mobilisation sociale modérée a toujours du mal à faire entendre ses revendications. Le gouvernement parle de discussions et de coopération, un silence résigné lui donne raison. L’opinion publique n’est alertée qu’au moment du durcissement des mouvements : physiquement lors de blocages de voies de communications qui énervent les citadins toutes opinions confondues, et visuellement par le biais des médias pour ceux moins exposés. C’est d’ailleurs un moment toujours périlleux pour l’objectivité de la presse, dont TF1 reste le plus bel exemple.
Les mouvements sociaux sont donc aujourd’hui face à un paradoxe, la nécessité de la force pour faire entendre leurs revendications est elle-même la cause de la désunion avec l’opinion publique qu’ils cherchent à sensibiliser.
Le domaine de l’enseignement est un bon exemple. Les boutades sur les profs et la grève ont du succès. Les blocages de fac et lycées font chaque année resurgir les mêmes débats. Mais il semble que cette année des moyens alternatifs soient recherchés. Cela s’explique en partie par l’originalité du mouvement qui a été lancé par le corps enseignants et enseignants-chercheurs.
Qu’en est-il donc ? La lecture-marathon du roman de Mme de La Fayette "La Princesse de Clèves", organisée par Paris III, a été relayée dans les médias. La force du symbole l’explique : défendre un roman fondateur d’un grande figure de la Littérature française qui a été sarcastiquement méprisé, la redondance est volontaire, par un président de la République devant une foule de partisans dont l’anti-intellectualisme semble être une valeur commune, et cela aux pieds du Panthéon. L’image est forte.
Mais il faut relayer des initiatives moins médiatiques qui ne manquent pas d’intérêts. Le planning des cours alternatifs fait même dire à certains étudiants qu’il n’ont jamais eu une semaine si chargée et en apparence intéressante. Un cours d’économie intitulé "La faillite du libéralisme : quel sens donner au retour de l’État" a été donné ce mardi à Tolbiac par Christophe Ramaux, qui a dû intéresser voire déstabiliser les jeunes étudiants en économie peu habitué à un tel discours. Il en est de même à l’Institut de Géographie rue saint Jacques dans le 5e arrondissement parisien, théâtre à la fois d’une mobilisation dite classique avec tracts et banderoles mais aussi d’une mobilisation dite alternative proposant d’originales conférences dont une sur "L’Éthique et l’engagement dans le métier d’urbaniste" et la projection du film "Universités, le grand soir" (voir l’article de Draikhin sur le sujet).
Le débat reste ouvert. On peut avoir l’impression que la longue durée du mouvement est paradoxalement devenue un objectif plus important que le retrait des décrets lui-même. Un mélange de pragmatisme, d’apparente maturité ou un manque d’ambition et d’espoir ? C’est confus. Certains critiquent la mollesse des actions entreprises et une mobilisation bouffonne. Mais il faut admettre que l’imagination déployée dans les comités de mobilisation est à l’honneur des étudiants mobilisés qui sont toujours dans le souci de ne pas se faire taxer de "preneurs d’otages", expression qui est d’actualité et risque de l’être encore plus dans les semaines à venir, expression révélatrice d’un état d’esprit généralisé qui étouffe toute velléité de résistance, tout refus de la résignation, toute croyance en la possibilité d’une alternative.
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