9 juillet 2007 par Draikhin
Et si nous parlions de la réforme des universités (de l’Université ?) ?
Voici ma proposition de départ, j’espère bien que vous serez nombreux à y insérer vos critiques, ce que vous comprenez de cette réforme, les réflexions que cela vous évoque …
Je parcours le site "Nouvelle Université" qui vient d’être lancé par notre Ministre Valérie Pécresse, et je consulte quelques documents, je lis les différentes pages, je tente surtout de comprendre de quoi il s’agit. On entend chacun dire ce qui ne va pas, mais derrière cela quelle est la volonté, voir l’idéologie (oh pardon ! Non pas le cachot, pas le goulagh !) s’il y en a ?
Deux choses m’interpellent, d’une part "l’université un lieu de réussite et d’épanouissement pour les étudiants" et d’autre part "la compétivité et la bataille Mondiale de la connaissance" (page 2 de l’exposé des motifs document PDF).
Interloqué, confus, je tourne et retourne ces deux notions dans "ma tête bien faite" (cf. Edgar Morin "La tête bien faite").
Serait-ce au nom du Bien, que l’Etat (le pouvoir politique donc) décide d’une réforme en temps de guerre ?
Nous apprenons en effet que nous sommes en temps de guerre mondiale : "bataille Mondiale de la connaissance". Dans un même temps, il faut que les étudiants réussissent et soient épanouïs, c’est l’idée (idéal ? idéologie ?) du Bien de l’actuel gouvernement, décideur de la réforme. Pour ce faire, la conclusion est qu’il faut donc gagner la bataille Mondiale de la connaissance.
Comment faire ? Etre compétitif, nous dit la Ministre. Une réponse en logique de marché, sur un principe économique. La connaissance est donc une production, quantifiable qui se trouve régit par des logiques de marchés et peut-être (si ce n’est déjà le cas) bientôt régie par le cours de la Bourses (Mondiale).
Nous connaissons tous cette logique capitaliste et consumériste. Mais depuis quand la connaissance est-elle un « grain » (cf. les théories sur l’enseignement à distance, qui numérisent la connaissance en grain réutilisables selon les parcours pédagogiques) que nous pouvons acquérir, posséder par l’argent ? Les étudiants deviennent alors consommateur de connaissance, les enseignants sont les revendeurs, les chercheurs sont les producteurs et l’ensemble du personnel IATOS entre autre, assurent la logistique, l’accueil du client, etc.
Tout cela est si clair, si limpide, quel bonheur de voir la multinationale universitaire rentabiliser le coût de la connaissance !
J’arrête le texte ici avant de devenir fouillis et propose quelques pistes de réflexion : l’université n’est elle pas le lieu où l’étudiant, la personne va dessiner certains traits de son être ? Nous sommes dans un courant, qui prime l’avoir sur l’être, et résume la vie à une possession. Quel degré de régression de croire à la connaissance comme un « grain » que l’étudiant, l’humain peut acheter pour l’avoir ? La connaissance s’apprend, se construit et n’est pas une donnée caractérisée par des propriétés intrinsèques. Pour obtenir des moyens, il fut donc se positionner sur des marchés porteurs. La recherche, les avancées scientifiques ne pourront alors se faire, que sur des pistes connues, des pistes financièrement rentables, apportant le profit. Qu’en est-il de l’éthique, de la compréhension de la cité, … ? Quelle place les Sciences humaines et sociales peuvent elles espérer ? Faire des statistiques, retomber dans les courant positivistes que nous savons tous stériles pour comprendre l’Homme en société ? Les étudiants, les chercheurs, et plus généralement les citoyens, doivent-être les meilleurs, en perpétuelle compétition. Chacun devient suspect, concurrent. Quelle connaissance peut émerger dans un contexte où aucun partage ne devient possible ? Les rapports de l’INSERM depuis quelques années, étroitement liés au service des politiques, propose la Recherche de demain : une recherche au service du pouvoir et non de la science. Le politique et le pouvoir sont à nouveau unifiés. La science appui alors les décisions politiques sous le sceau de la science. Pour exemple : le dépistage de la délinquance à 3 ans et demi, les nombreuses explications génétiques de quelque trouble social (de l’autorité ?), etc. La recherche, la connaissance deviennent outils de contrôle, de légitmation du pouvoir en place, produit de consommation à exporter à l’étranger. … je vous laisse faire les autres. Il y en a tant.
N’oublions pas le système totalitaire de l’URSS, de l’Italie sous Berlusconi, et tant d’autres que nous connaissons trop bien malheureusement. Si séduisant, ils trouvent toujours leurs place dans les sociétés où chacun attend un maître pour leur délivrer la Vérité. Les lieux de parole disparaissent, laissant croître les lieux de propagande.
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MayD |
Réforme des universitésJe n’arrive pas à apporter ma réflexion, peut être ne suis je pas douée. Quoiqu’il en soit, je viens de lire ton article et je souris. Pour ce qui ne le savent pas je suis en Master II recherche communication. Je voulais travailler cette année sur la question suivante "le savoir est-il un objet de consommation ?" Autant vous dire que l’ensemble universitaire a fait grise mine, lorsque j’annonçais, dents blanches visibles, mon projet. J’ai renoncé à en faire un objet d’étude universitaire (sans pour autant y renoncer personnellement), mais je me suis concentrée sur la formation continue, et ce bel objet législatif qu’est "le droit individuel de formation (surnommé le DIF). Je me suis tapé (c’est le cas de le dire) l’ensemble des rapports, que ce soit le rapport Hetzel, les rapports d’activités, les accords de branches, et les cahiers du Medef. (Je sais on parle d’université et je parle d’entreprise, mais attendait le rapport, encore un arrive). Je me marre quand je vois les propositions pour la nouvelle université. Au cas où vous ne le sauriez pas, l’Europe depuis 2000 (cf les accords de Lisbonne) c’est lancé dans la course à la connaissance. (Je vais rédiger un article pour permettre à tous le monde de comprendre). L’objectif est de rendre l’Europe une leadeuse (ou dealeuse, il n’y a qu’un pas) du marche mondial de la connaissance. Oui le savoir est un objet de consommation, résultant des dernières modes managériales. Permettant à des multinationales des gains tout aussi multinationaux. Ces mêmes multinationales qui ont des investissements dans différentes écoles. Comment faire des passerelles entre les universités et le monde professionnel, se questionnait Hetzel dans son rapport ? Je dirais plus volontiers : comment justifier les partenariats douteux entre certaines écoles, universités et entreprises ? Dans les entreprises actuellement ont cherche à mettre en place le Knowledge Management. Quesaquo ? Tout simplement un "mapping" des connaissances présentes dans l’organisation. Pourquoi pour déposséder chaque acteur de son savoir, sans risquer une perte cognitive lorsque celui-ci ira pointer à l’ANPE. On veut faire des universités des endroits rentables, on les gèrent selon les même modalités qu’une quelconque entreprise, en se calant sur le modèle élitiste des grandes écoles. Les universités françaises ont perdu leur prestige. Vite mettons en place des réformes. Rendons à ces lieux l’honneur et la qualité. Les étudiants ne sont que des chiffres sur des cartes. Un dossier parmi d’autres. Leur reconnaissance n’arrive (et encore) qu’après plusieurs années (comptez la 4° voir 5°). Un étudiant heureux est un étudiant qui a les moyens d’étudier, qui peut aller en cours sereinement. Un étudiant heureux aujourd’hui est un étudiant dont les parents sont riches. D’une logique sociale on passe d’une logique de marché. Vive l’éducation nationale, fêtons là tant qu’elle est toujours là !!!
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