Retour sur le génocide rwandais

8 avril 2008 par MayD

En mars 2008, la revue Défense nationale et sécurité collective consacre un dossier au Rwanda. L’occasion pour un ministre en exercice et un général à la retraite, de livrer leur vision, quatorze ans après les faits.

Il est important de rappeler que les prémices de ces affrontements ethniques au Rwanda remontent aux années de la colonisation, plaçant d’emblée l’Occident au cœur du problème.

Les Hutu et les Tutsi n’ont pas toujours été des tribus opposées. Avant la colonisation, il n’y avait qu’une seule ethnie, le peuple des Banyarwanda, partageant la même langue, la même religion, le même territoire et les mêmes coutumes. Cette ethnie était certes divisée, non pas en tribus, mais en catégories socio-économiques qui ne s’affrontaient pas. Il n’était alors pas question de domination ou de pouvoir.

Mais en 1930, alors que la colonisation belge dure depuis le début du siècle, les Tutsi sont déclarés « race supérieure ».
Après 1945, une « carte d’immatriculation » est instaurée, mentionnant l’ethnie Hutu, Tutsi ou Twa, ce qui ne fait qu’accentuer les divisions au sein de la population rwandaise.

A la fin des années 50, les Tutsi commencent à se rebeller pour réclamer l’indépendance du pays et la laïcité (la religion catholique avait été imposée par la colonisation).
Les ecclésiastiques, plus proches du peuple que leurs prédécesseurs, accordent à présent leur préférence aux Hutu. Plus petits, plus trapus que les Tutsi, ceux-ci semblent plus représenter le peuple qu’une élite.

Peu à peu, les colonisateurs décident de promouvoir la suprématie des Hutu en utilisant comme argument le fait qu’ils soient majoritaires. Ainsi sont nées les véritables tensions entre ces deux groupes. Pour la première fois, la haine raciale s’installe au sein de la population rwandaise, ce qui mènera plus tard aux massacres que chacun connait.

N’oublions pas qu’avant ceux de 1994, qui furent certes les plus meurtriers, d’autres avaient eu lieu : lors des attaques d’octobre 90, de janvier-février 91, de mars 92 et de décembre 92-février 93, 2000 civils furent tués.

Depuis la rupture des relations diplomatiques, à l’automne 2006, le Rwanda et la France mènent une lutte sourde, sur fond de polémiques historiques. Sujet de la discorde : comment et jusqu’où qualifier le soutien apporté par Paris à l’ex-régime génocidaire de 1994 ?

Bernard Kouchner ne manque pas de volonté. Sans doute parce que lui a vu, contrairement à l’ensemble de la classe politique française (hormis Edouard Balladur et François Léotard intervenant lors de Turquoise) pour qui les 800 000 morts du génocide restent une abstraction. Il l’explique ainsi :
"Seulement, il y a eu les centaines de milliers de morts Tutsis et Hutus modérés, il y a eu ces bouillies de crânes sur lesquelles nous avons marché, il y a eu un génocide tellement semblable aux nôtres et tellement différent aussi, et il y a maintenant des soupçons aussi graves qu’insupportables pesant sur nous, sur notre armée, sur nos soldats."


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