30 juillet 2008 par Nical | Promouvoir cet article
Affublé de sa gueule de roublard, ineffable loubard à fables, il est l’homme à tête de chou qui ne se l’est jamais pris.
Romantique et crade comme on l’aime, Serge Gainsbourg est aujourd’hui considéré comme un monument de la chanson française (la bonne chanson française), connu pour ses grands succès et sa grande gueule. Vous en reprendrez bien un peu ?
Si Gainsbourg est aujourd’hui célèbre pour ses grands succès d’interprète, rappelons-nous tout d’abord que c’est en tant que compositeur qu’il fit ses armes dans le métier, et que dans le fond sa musique, de ses débuts à sa fin, se ressent plus comme celle d’un compositeur à part entière que comme celle d’un simple chanteur.
Il a traîné dans les bars, le Gainsbarre ; il jouait du piano, buvait beaucoup, mais jamais trop.
Sa carrière musicale ne s’étant lancé que tardivement, il roula sa bosse de petits boulots en petits boulots jusqu’à la trentaine, ayant été successivement pion, prof de dessin (il fut l’élève de Léger !), ...
Très fortement inspiré par Boris Vian (une chanson comme "Johnny" ne trouve-t-elle pas tout son écho dans des dizaines de chansons de Gainsbourg ?), c’est en fait dès la fin des années 60 qu’il commence à interpréter ses propres compositions en cabaret.
Puis il écrit (entre autres) pour Françoise Hardy, et France Gall : c’est le début du succès.
Outre ces faits d’une vie, c’est bien dans l’œuvre même de l’artiste qu’il faut chercher les clés d’une gloire logique, et la complexité du personnage dans toute son étendue. Les choses ne sont pas si simples qu’elles peuvent parfois le paraître.
Si Serge Gainsbourg se complaisait dans les déclarations "provoc’", déclarant par exemple qu’il adorait Mickey "parce qu’il [était] comme [lui]", avec "des grandes oreilles et une grande queue", l’apparente paillardise de ses textes doit être prise avec une certaine dose de second degré.
Derrière les lignes les plus crues se cachent souvent les plus grandes des tristesses, qu’il a su mettre en musique en imposant un style très personnel, grâce notamment à une voix écorchée vive, finement travaillée à l’alcool non moins qu’à la cigarette.
L’homme n’en était pas moins pourvu d’une large culture musicale, exploitée dans son entier tout au long de sa carrière.
Il a été "reggae hilare", a fait sa période yéyé, s’est essayé au funk le plus électronique.
Il a exploité des thèmes classiques qui, au travers d’un incroyable talent de composition, se sont trouvés renouvelés et rafraîchis à la sauce "gainsbarre".
Il a touché, et de belle manière, à tous les styles musicaux, jouant sur les mots, butant sur ses maux.
Vu de l’extérieur,un homme perdu. Le regard à demi-éteint, il vit avec l’amertume la plus visible, las de son physique, las des hypocrites et d’un monde vraiment trop moche.
Il a aimé, il a souffert !
Et ce n’est certainement pas un hasard, au regard de ses oeuvres, si l’homme était un admirateur d’Oscar Wilde, et si sa propre vie fut marquée d’une ressemblance frappante avec celle de Jekyll and Hyde (il en fera d’ailleurs une chanson).
Parmi ses albums les plus réussis, certains n’eurent pas le succès escompté dès leur sortie (Histoire de Melody Nelson, par exemple).
Au panthéon de ses créations les plus abouties, citons aussi You’re Under Arrest, Aux Armes et caetera, ou Couleur Café.
Si la liste de ses succès populaires est longue, celle des femmes avec qui il se produisit en duo l’est tout autant. Brigitte Bardot, Jane birkin, Zizi Jeanmaire : ici se mêlent souvent musique et conquêtes éphémères, et certains de ces duos restent encore franchement indémodables.
L’attitude de Serge Gainsbourg, tout autant que l’ampleur de ses créations, a largement contribué à sa renommée.
Fustigeant sans aucun complexe l’illogique société devant laquelle il se posait en tant que spectateur blasé, il trouvait dans des dépendances diverses et variées le moyen de se sentir souffrir, et donc peut-être vivre ; étalant sa vie privée jusque dans ses plus intimes parties (Love On The Beat, enregistrée avec les réels cris d’orgasme de sa femme...), il a été le détonateur volontaire de la critique d’une société française figée dans ses Trentes Glorieuses, son esprit hypocrite et ses innombrables tabous.
Ses textes jouant sur les doubles sens, les on-dit, les mal-dits, les non-dits, ont très souvent un fond romantique et, les années se faisant, de plus en plus pornographiques. La fin de sa vie voit Gainsbourg exploiter également les thèmes de la pédophilie et de l’homosexualité, certainement plus par esprit de provocation vis à vis d’une société encore très sclérosée en ce qui concerne ces sujets que par la nécessité d’une quelconque confession intime.
De plus en plus... relâché, il n’hésite plus à se présenter à la télé complètement saoul, sale et mal rasé (en fait pas rasé du tout...), ce à quoi sa renommée doit aujourd’hui encore ses faits les plus discutés et mémorables.
Observée aujourd’hui avec peut-être plus de recul qu’en 1980, l’œuvre de Serge Gainsbourg semble jouer un rôle important dans l’évolution des courants musicaux de ces dernières années, ceci expliquant que de John Zorn à Placebo, en passant par les rappeurs les plus connus en France, ou tant d’autres, tous le citent comme une importante source d’inspiration.
Ce n’est là que rendre justice à Serge Gainsbourg, qui manque par ailleurs décidément bien d’un successeur digne de ce nom à notre époque.
Non pas qu’il lui faille forcément un successeur, mais que de ne plus voir de gens comme lui à la tévé rende ce boîtier en plastique bien plus terne qu’auparavant.
Car, reconnaissons cela à Gainsbourg : une touche de Ricard dans une émission de Michel Drucker, voilà certainement un des gestes les plus punk-rawk de ces dernières années.
Alors, en guise de conclusion, laissons la parole au Gainsbourg confidentiel, en nous rappelant ces mots mémorables : "Je fume, je bois, je baise.Triangle équilatéral."
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