3 janvier 2008 par bulle
Après six courts métrages, Jeff Nichols réalise à 29 ans son premier long métrage. Une ode à la destruction basée sur le concept de la querelle familiale dans une petite ville de l’Arkansas.
De la violence gratuite pour préserver l’honneur d’un père dans les plaines de la « Cotton belt ».
« Je me demandais à quoi pouvait ressembler aujourd’hui une histoire de vendetta dans l’Arkansas rural » confie le réalisateur.
C’est ainsi qu’est né Shotgun stories. Nous voici donc embarqués pour une virée dans une histoire de fusil de chasse, une histoire où résident d’intrigantes coutumes, celles de trois frères élevés dans la haine d’un père qui les a abandonnés.
Trois frères s’appelant par leur ordre de grandeur, ainsi l’aîné se nomme “Son”, le cadet “Boy” et le petit dernier “Kid”. Seul le chien se nomme respectueusement “Henri”, un peu comme pour marquer son importance dans cette histoire, car son meurtre sera l’élément déclencheur de cette vendetta familiale qui couvait depuis l’enterrement du père.
Une guerre entre le clan de “Son” et celui des demi-frères, la seconde famille de ce père détesté. Deux fratries élevées dans la haine l’une de l’autre. Mais cette violence ne se déclenchera pas immédiatement, elle va mijoter afin de mieux éclater et c’est cette attente qui constitue la matière essentielle du film.
Dans une mise en scène sobre mais efficace, les plaines de l’Arkansas deviennent un lieu mythologique, avec ses champs de coton délaissés, ses manufactures en ruine, tout y est sale, pauvre, laisser à l’abandon à l’image de “Son”, interprété par Michaël Shannon, et de ses deux frères cadets. Aussi pauvres que le lieu où ils résident : leur langage, un peu comme si les mots ne venaient pas, et pauvre dans leur vie.
Les hommes deviennent des acteurs impuissants d’un destin tragique. Car c’est bien une tragédie dont il s’agit, une tragédie où il n’y a pas de vrais « méchants », chacun des garçons est logé à la même enseigne. Une tragédie sourde et destructrice parfaitement réalisée par Jeff Nichols qui révèle tout l’entendu de ses talents dans ce premier long métrage.
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