MacTribu

Connexion |  Inscription

00:37 Anonyme: Draikin??

01-07 14:27 Draikhin: retour de vacances

30-06 15:04 Anonyme: salut

30-06 07:37 Anonyme: slt

27-06 18:20 Anonyme: tunis

Vous êtes ici : Accueil >  Loisirs/Culture > Musique

Villa-Lobos, musicien du monde

3 août 2008 par Nical Digg Del.icio.us Facebook Google Technorati Live MySpace Scoopeo Wikio Furl Blogmarks Reddit Mister wong Viadeo

Heitor Villa-Lobos vécut durant le début du 20ème siècle. Auteur d’une musique surprenante aux atours étranges et emprunts de merveilleux, il a laissé à la postérité une oeuvre fortement imprégnée d’horizons musicaux très variés. De la culture de la rue brésilienne à la musique indienne, tout y est passé : un vrai voyage autour du monde !
Qui a dit que les frontières servaient à quelque chose ?

Le mélange des genres

Né en 1887, Heitor Villa-Lobos est aujourd’hui, par ses travaux originaux et pour le moins inédits, reconnu comme un compositeur important, ayant creusé dans une voie nouvelle les sillons d’une musique jamais entendue auparavant.

La subtile quintessence de son oeuvre repose en fait, dans sa plus grande partie, sur la synthétisation de deux courants musicaux au travers desquels il évolua depuis déjà tout petit ; à savoir d’un côté la musique populaire sud-américaine (et notamment brésilienne), et de l’autre la musique classique occidentale.
Ce processus d’assimilation de courants musicaux en apparence aux antipodes le conduit en une quinzaine d’années à l’écriture de neuf pièces superbes, les Bachianas Brasileiras (de 1930 à 1944).

Il est ici question pour Villa-Lobos d’intégrer (et de quelle manière !) aux instruments du folklore brésilien, la science musicale héritée de Jean-Sébastien Bach.
Dès les premières notes, une certaine intimité se fait immédiatement ressentir à l’écoute d’une instrumentation rappelant par certains côtés la musique de chambre. Posée sur une mélodie saccadée typique (l’embolada), une voix féminine, douce comme le crépuscule, intervient très vite, accompagnée de violoncelle (en hommage à Pablo Casals, sans doute possible le plus grand violoncelliste de la première moitié du 20ème siècle).

De longues tirades vocales retombent dans le vide, se brisant comme cristal, entourées d’une musique discrète comme la nuit, qui récupère ces brusques variations dans les bras de sa continuité sereine, telle la mer chassant l’écume qu’elle a elle-même drainé, et donne à l’œuvre un caractère uni et très poétique. Voici donc un travail d’une incroyable richesse, ou tout y passe : embolada, pizzicato, modinha, ...

Certains chants rappellent Bach et parle du Brésil, de l’amour du pays, des oiseaux exotiques, ... le tout se finit même par un voyage sonore imitant un petit train local ! Tout cela compose une œuvre superbe, dont l’aboutissement, rappelons-le, se compte au final en années de travail.

L’oeuvre reste aujourd’hui encore inclassable en ce sens qu’à la base, justement, elle se nourrit de multiples influences. Et c’est bien là sa force, qui se nourissant de l’idée de mêler encore et encore tous les instruments et toutes les influences possibles, en appelle à des liens ténus et secrets entre toutes les musiques.

Il faut préciser qu’un tel mélange de genres, dans l’histoire de la musique, s’est souvent révélé infructueux car difficile ; synthétiser des mouvements aux origines idéologiques, sociologiques, etc. différentes demeurent un exercice risqué qui réclame certainement un travail intense et une vision des choses à l’échelle de l’humanité.
C’est dire des difficultés dont s’est joué Heitor Villa-lobos, en créant des pièces qui comptent parmi les plus belles de l’histoire classique.

Jouant rapidement un rôle prépondérant dans la vie musicale de son pays, il créé alors un Conservatoire National et une Académie Brésilienne.
Si les Bachianas Brasileiras constituent en quelque sorte un point d’orgue dans l’histoire du compositeur, sa production de qualité ne s’arrête pas là, bien au contraire. Dans les suites pour orchestre La Découverte du Brésil, il relie encore une fois deux courants musicaux complètement différents, faisant se côtoyer et même plus loin, s’entremêler, les chants du culte catholique d’obédience romaine et les chants indiens !

Villa-Lobos en son temps...

Parallèlement à cela, Villa-Lobos fréquente les musiciens de son époque. On sait l’importance qu’a eue pour lui la lecture du Cours De Composition de Vincent d’Indy, ce qui peut étonner quand on sait la dureté des jugements de ce dernier et l’ouverture au monde du compositeur sud-américain ; ce dernier prouve encore une fois, comme une réponse à la musique de Villa-Lobos, qu’au delà des divergences de points de vues somme toute superficielles, des relations aux tenants mystérieux peuvent relier des visions différentes des choses au seul service de la musique.

Villa-Lobos se rendit ainsi plusieurs fois en Europe, où l’occasion pour lui de faire découvrir le folklore brésilien l’engagea à écrire ses fameux Chôros. Encore une fois inspirées de techniques du folklore natal, ces pièces ont l’avantage d’être écrites pour une multitude de formations possibles, de la guitare soliste à plusieurs orchestres simultanément. Ces morceaux délicieux offrent à l’oreille toute la beauté d’un folklore riche en couleurs musicales, et constituent des oeuvres très bien écrites.

Il y eut bien d’autres compositeurs sud-américains à son époque, Santa Cruz Wilson ou Caba pour ne citer qu’eux. Si les travaux de ces derniers s’effectuèrent sur le même ordre d’idées que ceux du compositeur brésilien, à savoir la rencontre entre les cultures européennes et latino-américaines, force est de reconnaître à Villa-Lobos une musique plus créative et également très prolixe (il écrira jusqu’à douze symphonies !).
Le rôle qu’il joua tout au long de sa vie pour le développement de la musique au Brésil est tout simplement capital.

Un fait notable est que beaucoup de ces compositeurs sud-américains ont tous été se perfectionner aux Etats-unis ou en Europe, avant de se tourner réellement vers la promotion de leur folklore.
Dans le creuset de leur civilisation, plusieurs facteurs, issus de contrées diverses, sont venus construire leur propre patrimoine culturel : il y a, tout d’abord, l’héritage des civilisations locales (Mayas, Incas,...). Notons aussi l’apport, au travers de l’histoire de l’esclavage et de son commerce triangulaire, l’ajout de la culture africaine. Enfin, l’apport de la culture européenne est à ajouter à ce melting-pot culturel, au travers de la colonisation chrétienne portugaise et hispanique.

A la lumière de ces informations de premier ordre dans la construction musicale sud-américaine, rien d’étonnant dès lors à ce que Villa-Lobos réunisse autant de styles divers : il s’agit simplement de sa propre culture, centre de convergence de civilisations allées et venues, en laissant ça et là une partie de leur héritage.

Mort en 1959, il laisse une oeuvre originale, de caractère, et profondément sincère avant tout. A l’instar de Dvorak, le gamin des calles du Brésil, qui se plaisait autant à écouter les fameux seresteiros que la musique de chambre, témoigne avant tout d’un profond attachement à son pays de coeur, le Brésil.

Une production très agréable et qui se redécouvre à chaque écoute, écrite avec beaucoup de finesse et de créativité.


Réagissez à cet article :

Nouveau fil de discussion

Aucune réaction pour l'instant ...