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27 décembre 2005 par ,
Ecrire la suite d’une oeuvre littéraire, le phénomène n’est pas nouveau. Emus par la disparition brutale de Sherlock Holmes, des fans ont publié leurs propres suites dans des fanzines consacrés au célèbre détective dès 1893. Mais c’est avec la télévision et Internet que les fanfictions (fanfics) ont connu un véritable essor.
Le plus grand site consacré aux fanfics - fanfiction.net - est américain. C’est l’un des sites qui qui possède l’une des plus longues durées de connexion en continu. Des dizaines de milliers d’auteurs y déclinent un peu plus de 1200 oeuvres : romans, films ou séries TV... En France, francofanfic.com et fanfic.fr ne rassemblent encore que quelques centaines d’auteurs mais le mouvement est en expansion. Les fans de « Star Trek » ont lancé le genre aux Etats-Unis. Frustrés par la disparition du capitaine Kirk, ils ont commencé à écrire, dans des fanzines ou sur Minitel, des suites potentielles en grand nombre. Depuis, aucun personnage à succès n’est épargné. Le Net a globalisé l’exercice. Changeant même le rapport à la télévision. Le phénomène des fanfics est marqué par une attitude plus active, sociale, critique et créative des téléspectateurs. La TV n’est pas vécue comme une finalité. C’est une base d’écriture.
Fans libérés
Oui, grâce à la télévision, des ateliers d’écritures se forment. Sur Internet, sans jamais s’être rencontrés, des apprentis écrivains mettent leurs ressources en commun et progressent. « J’écris une websérie avec trois autres filles qui n’habitent pas la même ville. On travaille par e-mail ou chat » raconte Nat*, 17 ans en Terminale S. Elles rédigent tour à tour, et chacune prend un personnage entièrement à charge. Dans Ordinary people, les quatre copines mettent en scène quatre personnes sans points communs mais qui vont finalement se rencontrer.
La raison de l’engouement pour les fanfics est des plus évident. C’est aussi un moyen de parler de soi, de livrer son intimité sous couvert d’anonymat. « Ecrire m’a aussi permis d’évacuer ma colère » explique anne, 19 ans, étudiante en éco venue aux fics par la série Coldcase. Exutoires, parfois, les fanfics changent selon l’humeur de l’auteur qui peut classer son oeuvre en fonction du genre. Comme au cinema, il y a les fanfics interdites aux moins de 13 ans, aux moins de 18 ans et même celles qui contiennent des scènes d’amour explicites...
Philippe Grandfond exerce toujours un contrôle sur les oeuvres publiées sur son site. www.francofanfic.com. « Je n’ai encore jamais reçu de fics inacceptables mais je reste vigilant. Comme il y a de plus en plus d’auteurs, je pense crée un comité de lecture. Ce système existe déjà sur le site américain fanfiction.net mais il a ses limites » avoue-t’il. Puisque ce site n’accepte plus les fanfics violentes classées « Interdit aux moins de 18 ans », les fanficeurs les classe dans la catégorie « Interdit aux moins de 16 ans » ce qui permet, le temps que les administrateurs du site découvre la supercherie, de les populariser avant de changer de lieu d’hébérgement.
La question des droits d’auteur est au moins aussi problèmatique que la question de la moralité. Le copyright protège-t-il les personnages ? C’est le flou dans le monde des fanfics et la pratique du « disclaimer » s’est généralisée alors qu’aucun auteur original n’a jamais porté plainte. Dans l’en-tête de sa fan fiction, l’auteur reconnaît que les personnages ne sont pas sa propriété et renonce à tout droit d’auteur.
Séries télés, elles sont meilleures sur le Net
Au pays de Maupassant et de Zola, il faut avoir été publié pour être considéré comme un écrivain. Ainsi, nombre de Français qui garderaient leurs écrits au fond d’un tiroir ne pourraient pas se définir en tant qu’écrivain ? Certains, par manque d’idée de départ, ne franchissent pas le pas. Les fanfics, plus simples à écrire, puisque les héros sont déjà construits, peuvent être une première approche. C’est ce que nous confirme José, 25 ans. « J’écris depuis plus de 10 ans mais j’avais toujours un mal fou à créer mes propres personnages. Avec les fics, c’est tranquille ». De là à dire que les auteurs de fanfics sont des écrivains ratés ? Le philosophe Alain ne disait-il pas lui même qu’ « avant de créer, il faut imiter ».
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